Identification d’un nouveau mécanisme sous-jacent à la pathologie musculaire dans la DM1

Dans quel contexte avez-vous réalisé ces travaux et quel en était l’objectif ?

La maladie de Steinert, l’une des maladies neuromusculaires les plus courantes chez l’adulte, est due à une expansion anormale de répétitions CTG dans le gène DMPK. Cette anomalie entraine notamment  la perte de fonction des protéines MBNL qui jouent un rôle essentiel dans la maturation des ARN. Dans les muscles squelettiques atteints de DM1, on observe fréquemment des noyaux situés au centre des fibres musculaires, alors qu’ils se trouvent habituellement en périphérie. Ces noyaux centraux sont généralement associé à un processus de dégénération/régénération musculaire, pourtant dans la DM1, leur accumulation est observée malgré des signes relativement limités de nécrose des fibres et d’inflammation.

Quelles méthodes avez-vous utilisées et quels résultats avez-vous obtenus ?

Nous avons combiné le séquençage d’ARN mononucléaire (snRNA-seq) à à partir de biopsies musculaires de patients avec l’étude d’un modèle murin dans lequel les protéines  MBNL sont spécifiquement déplétées dans les fibres musculaires matures.

L’analyse transcriptomique des noyaux individuels issus des muscles humains atteints de DM1 a mis en évidence une augmentation des cellules souches musculaires activées et des populations myonucléaires présentant des profils transcriptionnels intermédiaires. Ces populations se caractérisent notamment  par une expression élevée de DMPK et la présence de marqueurs associés aux cellules souches musculaires, suggérant l’existence de noyaux présentant des caractéristiques immatures.  

Chez la souris adulte, la dépletion spécifique des protéines  MBNL dans les  fibres musculaires matures a reproduit les principales caractéristiques de la DM1 : myotonie, diminution de la force spécifique, anomalies de l’épissage alternatif, et présence de noyaux centraux. L’analyse des noyaux par snRNAseq  a également révélé l’apparition de populations nucléaires immatures. Les résulats indiquent que ces populations proviennent en partie de l’activation et de la fusion des cellules souches musculaires avec les fibres existantes en l’absence de signes majeurs de nécrose. 

Qu’en avez-vous déduit ?

Ces résultats mettent en évidence un processus actif de remodelage musculaire dans la DM1. La perte de fonction des protéines MBNL dans les fibres musculaires favorise notamment l’activation des cellules souches musculaires et leur fusion avec les fibres existantes, contribuant ainsi à l’accumulation de noyaux centraux. 

Quelles sont les perspectives envisagées pour la suite ? 

La prochaine étape sera de mieux comprendre la contribution de l’expansion anormale de répétitions CTG aux anomalies musculaires observées dans la DM1, dont le remodelage du muscle qui lieu au cours de la progression  de la maladie et l’accrétion de nouveaux noyaux dans les fibres musculaires. Il sera essentiel de distinguer les effets liés à la mutation elle-même de ceux résultant de la perte de fonction des protéines MBNL afin de mieux caractériser les mécanismes moléculaires du remodelage musculaire de cette maladie. 

*Les travaux ont été menés avec des chercheurs de l’Institut Friedrich Baur / Service de neurologie, LMU Klinikum de Munich et du Centre national de neurologie et de psychiatrie de Tokyo, en collaboration avec d’autres institutions.