La Commission européenne a accordé, le 31 mars 2026, une autorisation de mise sur le marché (AMM) sous circonstances exceptionnelles au Kygevvi (doxecitine et doxribtimine) dans le traitement des myopathies mitochondriales avec déficit en thymidine kinase 2 (TK2), à la suite de l’avis favorable du CHMP (EMA) de janvier 2026. La HAS a octroyé, le 21 mai 2026, une autorisation d’accès précoce post-AMM permettant la prise en charge du traitement pour les patients concernés. L’AMM concerne uniquement les patients dont les symptômes ont débuté avant l’âge de 12 ans, les données restant limitées lorsque la maladie apparaît plus tardivement.
Une étude prospective, menée sur onze adultes dont les premiers symptômes sont apparus autour de 27 ans et suivis sur 2 ans, renseigne sur l’histoire naturelle et le pronostic de ces formes tardives.
- Les patients ont présenté un déclin des fonctions motrices et respiratoires, avec notamment une aggravation du test de marche sur 100 mètres (+6 secondes) et une baisse de la capacité vitale forcée (-9,11 %).
- Le pronostic était variable selon les phénotypes avec une évolution clinique plus sévère surtout chez ceux dont les symptômes ont débuté à l’adolescence ou au début de l’âge adulte.
- Les taux sériques de GDF15 étaient élevés et significativement corrélés aux fonctions motrice et respiratoire, confirmant son utilité en tant que biomarqueur dans les essais cliniques.
- L’IRM a montré une atteinte de plusieurs muscles, notamment du grand fessier, dont la fraction adipeuse était corrélée au déficit moteur.
Tous les patients ont subi un impact important sur leur qualité de vie, ce qui souligne l’urgence d’évaluer les bénéfices potentiels d’une thérapie nucléosidique également dans les formes tardives.
Une autre étude turque rapporte les résultats à long terme (suivi jusqu’à trois ans) de la thérapie nucléosidique (doxecitine et doxribtimine) chez six adultes atteints d’un déficit TK2 à début tardif, traités en accès compassionnel. Les résultats montrent :
- Une bonne tolérance du traitement.
- Des gains moteurs et respiratoires durables : distance de marche multipliée par trois en moyenne (jusqu’à 4 fois chez les patients suivis 3 ans), progression de la HFMSE de plus de 8 points à 6 mois (jusqu’à +37 chez les patients suivis 3 ans), et stabilisation ou amélioration de la VFC chez tous les patients (+20 points en moyenne après 3 ans, vs déclin avant traitement).
- Une réduction d’environ 30 % de la fatigue et une amélioration de l’IMC chez les patients en sous-poids.
Le bénéfice est d’autant plus marqué que le traitement est initié précocement, mais des améliorations partielles restent possibles même aux stades avancés.
Ces résultats devront être confirmés sur une plus grande cohorte, mais suggèrent que le bénéfice de la thérapie nucléosidique ne se limite pas aux formes précoces de la maladie.
First treatment for rare thymidine kinase 2 deficiency. European Medicines Agency (EMA). Communiqué de presse du 30 janvier 2026.
KYGEVVI (doxécitine et doxribtimine) — Déficit en thymidine kinase 2 (TK2d) : autorisation d’accès précoce. Haute Autorité de santé. 21 mai 2026.
Voir aussi « Myopathie avec déficit en TK2 : un premier traitement autorisé en Europe »