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Workshop AFM : Approches thérapeutiques des myopathies

Essais thérapeutiques

© AFM/R. Bourguet
Les cliniciens ont clôturé la matinée avec un exposé sur les approches thérapeutiques dans les myopathies inflammatoires.
L’après-midi a ensuite été consacrée à la session de thérapie génique. Trois communications ont été dédiées à des techniques dites de « chirurgie du gène » : translecture de codon stop par des antibiotiques, utilisation d’ARN dans les myopathies mitochondriales et saut d’exon dans la dystrophie musculaire de Duchenne.
La journée s’est achevée par la session de thérapie cellulaireet un point sur l’étude BONAMI, un essai de thérapie cellulaire dans l’infarctus du myocarde utilisant des cellules souches hématopoïétiques.
 
Voici le résumé de six communications principales :
> Essai clinique du bézafibrate dans la myopathie liée au déficit en CPT2
> Les myopathies inflammatoires : plusieurs approches thérapeutiques
> Antibiotiques et passage de codon stop
> Le saut d’exon comme thérapie pour la DMD : les promesses, les problèmes et les perspectives
> Thérapie cellulaire, exemple de la dystrophie musculaire oculo-pharyngée
> Thérapie cellulaire cardiaque, étude BONAMI
Essai clinique du bézafibrate dans la myopathie liée au déficit en CPT2
Jean Bastin - © AFM/R. Bourguet
Jean Bastin (Hôpital Necker, Paris)
Le déficit en en CPT2 (Carnitine Palmitoyl Transferase 2, navette de transport des acides gras dans la mitochondrie) est associé à deux tableaux cliniques différentes : une pathologie très grave (décès précoce) et une myopathie métabolique caractérisée par une myalgie, une faiblesse musculaire, une intolérance à l’effort, et des épisodes de myoglobinurie, sans traitement actuellement.
Un essai clinique du bézafibrate ouvert en phase III avec bénéfice individuel direct va démarrer sous la direction de J.P. Bonnefont. L'objectif est d'évaluer l’efficacité sur la symptomatologie musculaire du bezafibrate pendant 6 mois chez des patients atteints de la forme adulte de la maladie (>20% d’activité résiduelle de la CPT2). Cette période de traitement fera suite à une période d’étude de 6 mois.
Il s'agit du premier essai d'un médicament dans cette classe de myopathies métaboliques. Ce principe de correction pharmacologique pourrait être étendu à d'autres déficits du métabolisme énergétique mitochondrial (oxydation des acides gras, chaîne respiratoire) également responsables de myopathies métaboliques. Il n’est pas efficace quand le patient est dépourvu d’activité résiduelle d’oxydation mitochondriale.
Les myopathies inflammatoires : plusieurs approches thérapeutiques
 
O. Boyer & O. Benveniste © AFM/R. Bourguet
Olivier Boyer (CHU de Rouen, Inserm U519) et Olivier Benveniste (Hôpital Pitié Salpétrière, Paris)
Dans les myopathies inflammatoires (polymyosite, dermatomyosite, myosite à inclusions), il est nécessaire d’approfondir les connaissances des mécanismes physiopathologiques, notamment en développant des modèles animaux, et d'y tester de nouvelles approches thérapeutiques (anticorps monoclonaux, lymphocytes T régulateurs...).
O. Boyer et O. Benveniste ont présenté deux nouveaux modèles précliniques :
- Souris atteinte de myosite allergique expérimentale et aggravée par la déplétion des lymphocytes T régulateurs
- Souris transgénique exprimant l'ovalbumine dans le muscle et dont les lymphocytes T sont dirigés contre l'ovalbumine transgénique.
Ils ont également évoqué la tenue d’essais thérapeutiques en cours pour plusieurs types de myosites avec une molécule déjà utilisée dans d’autres maladies inflammatoires, le Rituximab.
Antibiotiques et passage de codon stop
Jean-Pierre Rousset - © AFM/R. Bourguet
Jean-Pierre Rousset (Institut de Génétique et Microbiologie, Orsay)
De nombreuses maladies génétiques sont dues à des mutations non-sens. Ce type de mutation conduit à la formation d’un codon stop* prématuré dans l’ARN messager. On estime que 15% des patients atteints de dystrophie musculaire de Duchenne sont associés à des mutations de codon-stop. Lorsqu’un gène porte une un codon stop prématuré, la synthèse de la protéine pour laquelle il code est arrêtée prématurément. La protéine alors obtenue est alors souvent non fonctionnelle, ou même absente, ce qui engendre la pathologie. Une des approches thérapeutiques dans ces maladies, est de passer à travers ce codon stop (read trough ou translecture) pour continuer la synthèse de la protéine.
Jean-Pierre Rousset a abordé la technique de translecture  de codon stop  grâce à un antibiotique, la gentamycine. Chez la souris mdx, l’injection de gentamycine a permis la synthèse d’une dystrophine par translecture. Cependant, cet antibiotique est toxique à haute dose, l’utilisation d’autres molécules innovantes à la fois plus efficaces et moins toxiques est nécessaire. Actuellement, un essai de phase II chez des enfants atteints de dystrophie musculaire de Duchenne est en cours avec l’une de ces nouvelles molécules, PTC124. Ce nouveau composé est utilisé dans le traitement des maladies génétiques dues à des mutations conduisant à la formation d’un codon stop  prématuré dans l’ARN messager. Le PTC124 a la capacité de passer outre ces codons stop prématurés et permet de restaurer ainsi la production d’une protéine entière et fonctionnelle. Dernièrement, un essai de phase I dans la myopathie de Duchenne avait démontré que le PTC124 était bien toléré et n’induisait pas la translecture  de codons stops normaux, dans d’autres gènes par exemple. L’étude de phase II entreprise par PTC Therapeutics est un essai ouvert et non randomisé, qui se déroule sur plusieurs sites. Le protocole prote sur 56 jours et concernera 24 patients, avec 28 jours de traitement et 28 jours de suivi. L’essai devrait se terminer en décembre 2006.
Dans une perspective thérapeutique, Jean-Pierre Rousset a rappelé l’intérêt de déterminer, pour chaque patient, la nature de la mutation génétique dont il est affecté, ainsi que l’emplacement des codons stop prématurés s’ils existent, pour pouvoir cibler le traitement. Cette technique pourrait s’appliquer à toute maladie causée par la présence d’une mutation « stop » (c’est le cas par exemple de certaines mutations observées dans la mucoviscidose).
*le codon stop est un petit morceau d’ADN qui ne code aucun acide aminé mais qui désigne la fin du message génétique sur un ARN messager et par conséquent la fin de la synthèse de la protéine. La translecture signifie  que le codon stop n’est pas lu comme tel et que le processus de traduction continue, autrement dit la traduction de l’ARNm se fait au-delà du codon stop.
Le saut d’exon comme thérapie pour la DMD : les promesses, les problèmes et les perspectives
T. Partridge et L. Garcia © AFM/R. Bourguet
Terry Partridge (CNMR, Washington) et Louis Garcia (Généthon)
 
Contrairement aux techniques classiques de thérapie génique consistant à apporter un gène-médicament au cœur de la cellule pour restaurer la protéine manquante, le saut d’exon a pour objectif de supprimer la partie du code comprenant l’erreur afin de rétablir le cadre de lecture et permettre à la cellule de fabriquer la protéine absente. La dystrophine produite est plus courte. Mais si les acides aminés manquants ne sont pas essentiels, la protéine peut être fonctionnelle. Pour induire un saut d’exon, les chercheurs utilisent des petites molécules intitulées « oligonucléotides anti-sens ». Elles peuvent être administrées seules (1) ou associées à un vecteur viral de type AAV (2).
(1) T. Partridge a présenté l’essai de phase I mené par la société de biotechnologies Prosensa (après les travaux de l’équipe de Judith Van Deutekom du Leiden University medical center). Il est prévu dans le protocole des injections répétées à intervalles réguliers d’ARN Anti-sens car ils ne restent pas durablement dans l’organisme.
(2) L. Garcia a rappelé les résultats obtenus avec les AAV-U7 :
Cependant, cette approche pose également des problèmes sérieux pour une application à l’homme en particulier celle de la vaccination par le AAV : une deuxième injection du gène médicament chez le même patient ne peut être réalisé à cause des réactions immunitaires.
Pour contourner cet obstacle, l'utilisation d'un nouveau type d'ARN synthétisé en laboratoire (Peptide nucleic acid ou morpholino) est envisagée, notamment par un consortium de recherche anglais.
Retrouvez plus d’informations sur le site web de l’institut de Myologie :
Thérapie cellulaire, exemple de la dystrophie musculaire oculo-pharyngé
Vincent Mouly - © AFM/R. Bourguet
Vincent Mouly (UMR S 787 - Groupe Myologie, Paris)
En thérapie cellulaire, la capacité régénérative des cellules (nombre de cellules et nombre de divisions possible) est un élément très important. Elle dépend du nombre de cellules disponibles (qui diminue avec l’âge). Dans les maladies neuromusculaires, la thérapie cellulaire est une approche intéressante mais difficile à réaliser en particulier à cause de la faible capacité régénérative in vitro des cellules satellites humaines.
La thérapie cellulaire autologue est possible dans des maladies neuromusculaires où certains muscles sont épargnés comme dans la dystrophie musculaire oculo-pharyngée (DMOP) ou dystrophie musculaire facio-scapulo-humérale (FSH).
Vincent Mouly et son équipe ont mené un  essai de phase I de thérapie cellulaire dans la DMOP : prolifération des cellules musculaires et  myotomie au niveau du pharynx et greffe des cellules.
Les  résultats préliminaires sont les suivants : chez les 7 patients traités, on observe une nette amélioration des signes cliniques. Mais la question se pose, ceux-ci sont-ils uniquement dues à la thérapie cellulaire ou à la myotomie ?
Plus généralement V. Mouly a rappelé les limites de la thérapie cellulaire : la survie (inconnue pour les cellules humaines), la migration (dispersion faible) et le suivi à moyen terme par une méthode non-invasive (détection des cellules injectées).
Thérapie cellulaire cardiaque, étude BONAMI
Frédéric Mouquet © AFM/R. Bourguet
Frédéric Mouquet (Hôpital Cardiologique, Lille)
L’essai clinique BONAMI (BONe marrow in Acute MI), est le premier essai de thérapie cellulaire français dans la prise en charge de l’infarctus du myocarde à la phase aiguë. Cet essai est basé sur l’utilisation de cellules mononuclées médullaires autologues qui proviennent de la moelle osseuse des patients.
Cet essai est piloté par l’équipe du Pr P. Lemarchand du CHU de Nantes, et regroupe 6 centres investigateurs : Nantes, Lille, Montpellier, Toulouse, Créteil, et Grenoble. 48 patients ont été inclus (24 thérapie cellulaire, 24 contrôles) depuis fin décembre 2004. Un total de 100 patients est prévu (50 traités, 50 contrôles) d’ici fin décembre 2006.
Les patients inclus doivent présenter un infarctus du myocarde avec une altération importante de la fonction ventriculaire (fraction d’éjection <45%, pour une normale à 60%)
Les patients sont randomisés dans le groupe thérapie cellulaire (traitement médical + thérapie cellulaire), ou dans le groupe contrôle (traitement médical seul). La procédure de thérapie cellulaire est réalisée entre les  7ème et 10ème jours suivant l’infarctus. Le matin, un prélèvement de 50 ml moelle osseuse est réalisé sous anesthésie locale au niveau de la crête iliaque ; le prélèvement est adressé au centre de thérapie cellulaire pour l’isolement des cellules médullaires (concentration de moelle osseuse dans 10 ml) ; en début d’après midi, le produit de thérapie cellulaire final (100.106 cellules) est injecté par voie percutanée en intra coronaire. L’ensemble de la procédure est donc réalisé en une journée, sous anesthésie locale, et par voie percutanée.
L’objectif de cet essai est d’entraîner une réparation musculaire partielle du cœur.