> Essai clinique du bézafibrate dans la myopathie liée au déficit en
CPT2
> Les myopathies inflammatoires : plusieurs approches thérapeutiques
> Antibiotiques et passage de codon stop
> Le saut d’exon comme thérapie pour la DMD : les promesses, les problèmes
et les perspectives
> Thérapie cellulaire, exemple de la dystrophie musculaire
oculo-pharyngée
> Thérapie cellulaire cardiaque, étude BONAMI
Essai clinique du bézafibrate dans la myopathie liée au déficit en CPT2

Jean Bastin (Hôpital Necker,
Paris)
Le déficit en en CPT2 (Carnitine Palmitoyl Transferase
2, navette de transport des acides gras dans la mitochondrie) est associé à deux
tableaux cliniques différentes : une pathologie très grave (décès précoce) et
une myopathie métabolique caractérisée par une myalgie, une faiblesse
musculaire, une intolérance à l’effort, et des épisodes de myoglobinurie, sans
traitement actuellement.
Un essai clinique du bézafibrate ouvert en phase
III avec bénéfice individuel direct va démarrer sous la direction de J.P.
Bonnefont. L'objectif est d'évaluer l’efficacité sur la symptomatologie
musculaire du bezafibrate pendant 6 mois chez des patients atteints de la forme
adulte de la maladie (>20% d’activité résiduelle de la CPT2). Cette période
de traitement fera suite à une période d’étude de 6 mois.
Il s'agit du
premier essai d'un médicament dans cette classe de myopathies métaboliques. Ce
principe de correction pharmacologique pourrait être étendu à d'autres déficits
du métabolisme énergétique mitochondrial (oxydation des acides gras, chaîne
respiratoire) également responsables de myopathies métaboliques. Il n’est pas
efficace quand le patient est dépourvu d’activité résiduelle d’oxydation
mitochondriale.
Les myopathies inflammatoires : plusieurs approches thérapeutiques

Olivier Boyer (CHU de Rouen, Inserm U519) et
Olivier Benveniste (Hôpital Pitié Salpétrière, Paris)
Dans les myopathies inflammatoires (polymyosite, dermatomyosite, myosite à
inclusions), il est nécessaire d’approfondir les connaissances des mécanismes
physiopathologiques, notamment en développant des modèles animaux, et d'y tester
de nouvelles approches thérapeutiques (anticorps monoclonaux, lymphocytes T
régulateurs...).
O. Boyer et O. Benveniste ont présenté deux nouveaux
modèles précliniques :
- Souris atteinte de myosite allergique expérimentale
et aggravée par la déplétion des lymphocytes T régulateurs
- Souris
transgénique exprimant l'ovalbumine dans le muscle et dont les lymphocytes T
sont dirigés contre l'ovalbumine transgénique.
Ils ont également évoqué la
tenue d’essais thérapeutiques en cours pour plusieurs types de myosites avec une
molécule déjà utilisée dans d’autres maladies inflammatoires, le Rituximab.
Antibiotiques et passage de codon stop

Jean-Pierre Rousset (Institut de Génétique et
Microbiologie, Orsay)
De nombreuses maladies génétiques sont
dues à des mutations non-sens. Ce type de mutation conduit à la formation d’un
codon stop* prématuré dans l’ARN messager. On estime que 15% des patients
atteints de dystrophie musculaire de Duchenne sont associés à des mutations de
codon-stop. Lorsqu’un gène porte une un codon stop prématuré, la synthèse de la
protéine pour laquelle il code est arrêtée prématurément. La protéine alors
obtenue est alors souvent non fonctionnelle, ou même absente, ce qui engendre la
pathologie. Une des approches thérapeutiques dans ces maladies, est de passer à
travers ce codon stop (read trough ou translecture) pour continuer la synthèse
de la protéine.
Jean-Pierre Rousset a abordé la technique de
translecture de codon stop grâce à un antibiotique, la gentamycine.
Chez la souris mdx, l’injection de gentamycine a permis la synthèse d’une
dystrophine par translecture. Cependant, cet antibiotique est toxique à haute
dose, l’utilisation d’autres molécules innovantes à la fois plus efficaces et
moins toxiques est nécessaire. Actuellement, un essai de phase II chez des
enfants atteints de dystrophie musculaire de Duchenne est en cours avec l’une de
ces nouvelles molécules, PTC124. Ce nouveau composé est utilisé dans le
traitement des maladies génétiques dues à des mutations conduisant à la
formation d’un codon stop prématuré dans l’ARN messager. Le PTC124 a la
capacité de passer outre ces codons stop prématurés et permet de restaurer ainsi
la production d’une protéine entière et fonctionnelle. Dernièrement, un essai de
phase I dans la myopathie de Duchenne avait démontré que le PTC124 était bien
toléré et n’induisait pas la translecture de codons stops normaux, dans
d’autres gènes par exemple. L’étude de phase II entreprise par PTC Therapeutics
est un essai ouvert et non randomisé, qui se déroule sur plusieurs sites. Le
protocole prote sur 56 jours et concernera 24 patients, avec 28 jours de
traitement et 28 jours de suivi. L’essai devrait se terminer en décembre
2006.
Dans une perspective thérapeutique, Jean-Pierre Rousset a rappelé
l’intérêt de déterminer, pour chaque patient, la nature de la mutation génétique
dont il est affecté, ainsi que l’emplacement des codons stop prématurés s’ils
existent, pour pouvoir cibler le traitement. Cette technique pourrait
s’appliquer à toute maladie causée par la présence d’une mutation « stop »
(c’est le cas par exemple de certaines mutations observées dans la
mucoviscidose).
*le codon stop est un petit morceau d’ADN qui ne code aucun
acide aminé mais qui désigne la fin du message génétique sur un ARN messager et
par conséquent la fin de la synthèse de la protéine. La translecture
signifie que le codon stop n’est pas lu comme tel et que le processus de
traduction continue, autrement dit la traduction de l’ARNm se fait au-delà du
codon stop.
Le saut d’exon comme thérapie pour la DMD : les promesses, les problèmes et
les perspectives

Terry Partridge (CNMR, Washington) et Louis
Garcia (Généthon)
Contrairement aux techniques
classiques de thérapie génique consistant à apporter un gène-médicament au cœur
de la cellule pour restaurer la protéine manquante, le saut d’exon a pour
objectif de supprimer la partie du code comprenant l’erreur afin de rétablir le
cadre de lecture et permettre à la cellule de fabriquer la protéine absente. La
dystrophine produite est plus courte. Mais si les acides aminés manquants ne
sont pas essentiels, la protéine peut être fonctionnelle. Pour induire un saut
d’exon, les chercheurs utilisent des petites molécules intitulées «
oligonucléotides anti-sens ». Elles peuvent être administrées seules (1) ou
associées à un vecteur viral de type AAV (2).
(1) T. Partridge a présenté
l’essai de phase I mené par la société de biotechnologies Prosensa (après les
travaux de l’équipe de Judith Van Deutekom du Leiden University medical center).
Il est prévu dans le protocole des injections répétées à intervalles réguliers
d’ARN Anti-sens car ils ne restent pas durablement dans l’organisme.
(2) L.
Garcia a rappelé les résultats obtenus avec les AAV-U7 :
Cependant, cette
approche pose également des problèmes sérieux pour une application à l’homme en
particulier celle de la vaccination par le AAV : une deuxième injection du gène
médicament chez le même patient ne peut être réalisé à cause des réactions
immunitaires.
Pour contourner cet obstacle, l'utilisation d'un nouveau type
d'ARN synthétisé en laboratoire (Peptide nucleic acid ou morpholino) est
envisagée, notamment par un consortium de recherche anglais.
Retrouvez plus d’informations sur le site web de l’institut de Myologie :
Thérapie cellulaire, exemple de la dystrophie musculaire oculo-pharyngé
Vincent Mouly (UMR S 787 - Groupe Myologie, Paris)
En thérapie cellulaire, la capacité régénérative des cellules (nombre de
cellules et nombre de divisions possible) est un élément très important. Elle
dépend du nombre de cellules disponibles (qui diminue avec l’âge). Dans les
maladies neuromusculaires, la thérapie cellulaire est une approche intéressante
mais difficile à réaliser en particulier à cause de la faible capacité
régénérative in vitro des cellules satellites humaines.
La thérapie
cellulaire autologue est possible dans des maladies neuromusculaires où certains
muscles sont épargnés comme dans la dystrophie musculaire oculo-pharyngée (DMOP)
ou dystrophie musculaire facio-scapulo-humérale (FSH).
Vincent Mouly et son
équipe ont mené un essai de phase I de thérapie cellulaire dans la DMOP :
prolifération des cellules musculaires et myotomie au niveau du pharynx et
greffe des cellules.
Les résultats préliminaires sont les suivants :
chez les 7 patients traités, on observe une nette amélioration des signes
cliniques. Mais la question se pose, ceux-ci sont-ils uniquement dues à la
thérapie cellulaire ou à la myotomie ?
Plus généralement V. Mouly a rappelé
les limites de la thérapie cellulaire : la survie (inconnue pour les cellules
humaines), la migration (dispersion faible) et le suivi à moyen terme par une
méthode non-invasive (détection des cellules injectées).
Thérapie cellulaire cardiaque, étude BONAMI

Frédéric Mouquet (Hôpital Cardiologique, Lille)
L’essai clinique BONAMI (BONe marrow in Acute MI), est le premier essai de thérapie cellulaire français dans la prise en charge de l’infarctus du myocarde à la phase aiguë. Cet essai est basé sur l’utilisation de cellules mononuclées médullaires autologues qui proviennent de la moelle osseuse des patients.
Cet essai est piloté par l’équipe du Pr P. Lemarchand du CHU de Nantes, et regroupe 6 centres investigateurs : Nantes, Lille, Montpellier, Toulouse, Créteil, et Grenoble. 48 patients ont été inclus (24 thérapie cellulaire, 24 contrôles) depuis fin décembre 2004. Un total de 100 patients est prévu (50 traités, 50 contrôles) d’ici fin décembre 2006.
Les patients inclus doivent présenter un infarctus du myocarde avec une altération importante de la fonction ventriculaire (fraction d’éjection <45%, pour une normale à 60%)
Les patients sont randomisés dans le groupe thérapie cellulaire (traitement médical + thérapie cellulaire), ou dans le groupe contrôle (traitement médical seul). La procédure de thérapie cellulaire est réalisée entre les 7ème et 10ème jours suivant l’infarctus. Le matin, un prélèvement de 50 ml moelle osseuse est réalisé sous anesthésie locale au niveau de la crête iliaque ; le prélèvement est adressé au centre de thérapie cellulaire pour l’isolement des cellules médullaires (concentration de moelle osseuse dans 10 ml) ; en début d’après midi, le produit de thérapie cellulaire final (100.106 cellules) est injecté par voie percutanée en intra coronaire. L’ensemble de la procédure est donc réalisé en une journée, sous anesthésie locale, et par voie percutanée.
L’objectif de cet essai est d’entraîner une réparation musculaire partielle du cœur.