Objectifs
Evaluer
la faisabilité et la tolérance (phase I) de l’injection intra-musculaire d’un
ADN nu porteur du gène de la dystrophine humaine pleine longueur, chez 9
patients atteints de myopathie de Duchenne ou de Becker. A doses croissantes :
200 mg, 600 mg et 2 x 600 mg.
Déroulement de l'essai
Ce protocole a été réalisé en collaboration avec la société Transgène qui a
assuré la promotion de l’essai. Cet essai, de phase I, a été accepté par les
différents comités règlementaires en juillet 2000.
Son objectif était de
tester la tolérance et d’apprécier l’efficacité de l’administration
intramusculaire d’un plasmide contenant le gène entier de la dystrophine
humaine, sous promoteur CMV, plasmide préparé par Transgène. Les essais
précliniques réalisés par l’équipe de S. Braun à Transgène avaient montré chez
la souris mdx et chez le chien GRMD une bonne tolérance et une efficacité
significative.
L’essai a comporté l’inclusion séquentielle de neuf patients,
parfaitement caractérisés au point de vue clinique, cartographiés en génétique
moléculaire, de façon à ce que la délétion du gène dystrophine permette
l’utilisation d’au moins un anticorps permettant la reconnaissance du segment de
dystrophine délété (anticorps fournis par Glenn Morris). Les patients ont été
hospitalisés et suivis dans le service de médecine interne du Pr Serge Herson à
la Salpêtrière, dans les chambres aménagées à cet effet.
L’essai a été
conduit par S. Herson et M. Fardeau comme investigateurs principaux, avec
l’active collaboration de S. Braun. Il a mobilisé 40 acteurs différents. L’essai
s’est déroulé sur deux ans.
Résutlats
Les résultats de l'essai de thérapie génique, débuté en septembre 2000 à
l'Institut de Myologie en collaboration avec la société Transgène, ont été
publiés en novembre 2004 dans Human Gene Therapy. Il s'agit du premier essai de
thérapie génique de phase I (étude de tolérance et de faisabilité sans bénéfice
thérapeutique attendu) sur l'homme pour les myopathies de Duchenne et de Becker.
Le plasmide contenant l'ADN complémentaire complet du gène de la dystrophine a
été injecté dans le muscle radial de neuf patients répartis en trois groupes :
les deux premiers groupes ont reçu une injection unique d'ADN plasmidique en
intramusculaire : 200 microgrammes pour le premier groupe, 600 microgrammes pour
le deuxième. Le troisième groupe a reçu deux injections de 600 microgrammes de
plasmide à deux semaines d'intervalle. Trois semaines après l'administration du
transgène, le vecteur a été détecté au niveau du site d'injection sur les
biopsies de tous les patients. Des analyses histologiques et biochimiques ont
révélé une expression faible de la dystrophine chez six patients sur neuf. Aucun
effet secondaire nocif et aucune réponse immunitaire contre la dystrophine
exogène, n'ont été observés.
Un second essai chez l'homme, de tolérance,
d'efficacité et de bénéfice clinique est en préparation. Il s'appuie sur des
études précliniques en cours chez l'animal. L'injection d'une solution de
plasmide contenant le gène de la dystrophine est réalisée par voie
intravasculaire, dans les muscles des membres de quatre 4 espèces animales
différentes. Cette méthode permet de transférer de manière massive sans
entraîner d'effet secondaire le gène thérapeutique dans des territoires
musculaires plus étendus.
Références
Romero NB, Braun S, Benveniste O, Leturcq F, Hogrel JY, Morris GM, Barois A,
Eymard B, Payan C, Ortega V, Boch AL, Lejean M, Thioudellet C, Mourot B, Escot
C, Choquel A, Recan D, Kaplan J-C, Dickson G, Klatzmann D, Molinier-Frenckel V,
Guillet J-G, Squiban P, Herson S, Fardeau M: Phase I study of dystrophin
plasmid-based gene theraphy in Duchenne/Becker muscular dystrophy.
Hum
Gene Ther, 2004, 15:1065-1076, O.