C’est parfois par hasard que l’on décide d’accepter un nouveau poste, mais en écoutant Helge Amthor, on a davantage l’impression qu’il a inconsciemment tracé la route qui l’a mené d’Allemagne de l’Est à l’Institut de Myologie. Tout commence en 1989. Helge Amthor est à peine démobilisé de ses trois années de service militaire dans l’armée est-allemande que le « mur de la honte » est abattu. Helge passe alors sans attendre en ex-RFA. Il y rencontre des soldats français garé à Berlin avec lesquels il se lie durablement d’amitié : ils l’épauleront à son arrivée à Paris. La proximité de la France est l’une des raisons qui le décide à partir faire ses études de médecine à Fribourg-en-Brisgau. A deux pas de la frontière et mû par l’envie d’apprendre le français, Helge en profite pour aller travailler dans les hôpitaux alsaciens pendant ses vacances. A l’université, l’organisation des études est très libre. Le système encourage les expériences à l’étranger et permet aux étudiants de suivre leur passion avec un large choix d’option. Dès le début de son cursus, Helge se fascine pour la biologie du développement et non seulement s’inscrit au cours d’embryologie mais s’engage dans des projets de recherche sur le développement du muscle au laboratoire d’Anatomie.
Dès lors, la médecine et la recherche deviennent pour lui inséparables. Son parcours universitaire devient un va-et-vient entre ses cours de médecine et ses activités de recherche. Il débute une collaboration régulière avec le laboratoire d’Anatomie et d’embryologie du Collège universitaire de Londres où il travaille sur les cellules souches mésenchymateuses et les précurseurs musculaires.
1995 : premiers pas à l’Institut
En 1995, il gagne une bourse d’études et part continuer ses études de médecine à la Pitié-Salpêtrière. C’est là qu’il se découvre une passion pour le suivi des patients atteints de maladies neuromusculaires, encouragé par le Pr Bruno Eymard dans le tout récent Institut de Myologie. Jeune médecin, Helge poursuit ensuite inévitablement son chemin dans le service de pédiatrie de Pr Thomas Voit, qui a créé l’un des plus grands centres pour les maladies neuromusculaires de l’enfant en Allemagne, à Essen. Stimulé par la clinique, Helge se concentre dès lors de plus en plus sur la recherche des muscles. Sa thèse sur les facteurs de croissance et le développement musculaire lui vaut le prix Gödecke de l’université de Fribourg en 2001. Ensuite, il part au Collège royal vétérinaire de Londres où il étudie la fonction de la myostatine au cours du développement et de la régénération du muscle d’embryons de poulet et de souris. Les résultats lui permettre d’obtenir son doctorat. Enfin, trois ans plus tard en 2005, Helge retourne de nouveau à Essen où il se voit rapidement proposer par Thomas Voit, nouveaux directeur de l’Institut de Myologie, un énième exil : Paris – une nouvelle aventure aussi pour sa femme et ses trois enfants.
A l’interface des patients et de la paillasse
Le poste proposé l’intéresse car il lui permet de mettre à profit sa double expérience de médecin clinicien et de chercheur fondamentaliste, le tout sur un sujet qu’il connaît bien : le muscle. Depuis novembre, il travaille ainsi en tant que chef de clinique au sein du service de médecine interne du Pr Serge Herson et planche sur trois projets de recherche à l’Institut de Myologie. Un projet d’investigation de la musculature hypertrophique en collaboration avec Véronique Billat, responsable du laboratoire de physiologie de l’exercice (LEPHE) du Génopôle d’Evry est déjà déposé à l’AFM. « Nous souhaitons évaluer la performance du muscle pendant un exercice d’entraînement musculaire en cas de musculature hypertrophique », explique-t-il. « On pense en effet utiliser une nouvelle stratégie pour traiter la myopathie de Duchenne : il s’agirait de bloquer la myostatine, qui inhibe la croissance du muscle, afin d’entraîner une hypertrophie et compenser la perte de musculature due à la maladie. Mais on ne sait pas si la croissance musculaire est associée à un bénéfice de la fonction musculaire, ce qui est en train d’être étudié chez la souris. Si c’est bien le cas, on pourra tester de nouvelles thérapies sur le modèle de souris DMD. » Un second projet, en partenariat avec le laboratoire RMN de Pierre Carlier et le Service médecine interne, consiste à réaliser le suivi clinique par imagerie de patients atteints de maladies neuromusculaires, notamment des myosites et de dystrophie musculaire de Duchenne, afin de mieux connaître leur histoire naturelle. Enfin un troisième projet lui tiendrait à cœur, en collaboration avec Frédéric Relaix : l’étude de la régulation de la prolifération et de la différenciation des cellules souche de muscle, les cellules satellites, par des facteurs de croissance de la famille du TGF-bêta et leurs antagonistes. Un projet débuté à Londres, continué à Essen et que Helge souhaiterait bien poursuivre ici…