Lancé le 12 janvier 2007 à Monaco, le projet MyoAmp, d’une durée de 3 ans, est dédié à la mise au point d’un protocole de thérapie cellulaire associé à un saut d’exon dans la Dystrophie musculaire de Duchenne.
Quatre questions à Vincent Mouly (INSERM-UPMC, UMR S 787 Institut de Myologie), coordonnateur du projet.
Comment est né MyoAmp ?
MyoAmp est une émanation du réseau MyoRes, constitué d’une trentaine d’équipes tournées plutôt vers la recherche fondamentale et aussi géré par A. Ottavi d’Inserm-Transfert. Avec quelques collègues, nous avons pensé qu’il était possible de faire un pas de plus vers la clinique, mais avec une équipe plus petite, un projet plus recentré. C’est le concept des Strep (specific targeted research project) que financent l’Union européenne. Mais pour bénéficier d’une telle aide, il restait à trouver un projet impliquant un petit nombre de partenaires et des PME. C’est en discutant avec Luis Garcia (Institut de Myologie) qu’est née l’idée d’une la thérapie cellulaire associée à une démarche de saut d’exon dans la Dystrophie musculaire de Duchenne.
En quoi consiste cette thérapie cellulaire ?
C’est un concept nouveau : il s’agit de modifier des cellules souches autologues grâce à un lentivirus par la technique du saut d’exon puis de greffer ces cellules dans le muscle de patients DMD pour qu’elles se différencient en muscle et le régénère. L’idée n’est pas de remplacer la thérapie génique par de la thérapie cellulaire ! En fait, on sait qu’en injectant un gène-médicament, ce gène ne parviendra pas dans tous les muscles du corps. La thérapie cellulaire offre donc une approche complémentaire intéressante. C’est d’ailleurs cela qui a séduit les autorités européennes qui ont accepté de financer le projet sur 3 ans, dans le cadre du 6ème PCRD (programme-cadre de recherche & développement) (1).
Quel est l’objectif de MyoAmp ?
La mise au point d’un protocole standardisé et facilement reproductible de transformation et surtout d’amplification de cellules souches humaines capables de régénérer du muscle chez des patients DMD. Nous n’irons pas plus loin : si le projet devait se concrétiser en un essai clinique, d’autres réseaux le prendront en charge. Nous voulons juste offrir les outils (la « GMP » good manufacturing practice) pour que ceux qui voudraient réaliser l’essai n’aient plus qu’à suivre le protocole pas à pas et obtenir les cellules à greffer. Nous avons associé au projet des associations de patients comme l’Association française contre les myopathies ou les Parent projects afin qu’elles puissent être les premières au courant des progrès réalisés. Seules les Associations pourront ensuite faire du lobbying auprès des institutions si, à leurs yeux, la technique est suffisamment prometteuse pour mériter un essai sans trop tarder.
Quelles sont les étapes du projet et qui y participe ?
Dans un premier temps, nous allons devoir vérifier les capacités de prolifération de différentes cellules que nous avons déjà retenues comme potentiellement exploitables. Les cellules musculaires progénitrices étant déficientes dans les muscles dystrophiques, il fallait en effet trouver une alternative. Les mésangioblastes et les cellules AC133 sont les principaux candidats. Giulio Cossu en Italie et Yvan Torrente ont montré leur efficacité chez la souris. Nous allons travailler jusqu’en septembre avec des cellules humaines de contrôle, prélevées chez des «sujets sains». Ensuite nous déciderons de prélever ces cellules chez des patients DMD pour vérifier qu’elles ont le même potentiel de régénération. Il ne faut ni que ces cellules entrent trop vite en sénescence, ni qu’elles ne prolifèrent de façon anarchique. C’est l’aspect «sécurité d’emploi» mais d’autres personnes vont plancher sur les aspects éthiques et réglementaires. Nous chercherons également à définir la quantité de cellules à injecter. Au total, il y a 8 partenaires : l’Inserm/Institut de myologie, Généthon et Genosafe en France, l’université de Milan et la Fondation Centro San Raffaele del Monte Tabor en Italie, l’Imperial college de Londres en Angleterre, 3H Biomedical en Suède et Cellgenix en Allemagne.
Références : (1) le montant alloué par l’Union européenne est de 2 480 000 €.