Article rédigé par Henri-Marc Bécane, Rabah Ben
Yaou, Gisèle Bonne.
Les laminopathies sont un ensemble d’affections liées à des mutations du gène
LMNA codant des protéines de la membrane interne de l’enveloppe nucléaire, les
Lamines A/C, initialement identifiée dans une famille française en 1999 par une
équipe de chercheurs français dirigée par Gisèle Bonne (Inserm U582, Institut de
Myologie, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris) [1]. Les aspects cliniques des
laminopathies n’ont cessé de s’étendre ces 5 dernières années montrant une
grande variabilité clinique intra- et interfamiliale. Elles se présentent
cliniquement sous de nombreux aspects. Les laminopathies affectant les muscles
striés squelettiques et cardiaques correspondent à 3 entités principales [2]
:
- les formes autosomiques de la dystrophie musculaire
d’Emery-Dreifuss (EDMD) associant myopathie huméropéronéale rétractile
et atteinte cardiaque.
- la myopathie des ceintures autosomique dominante associée à des
troubles de la conduction cardiaque (LGMD1B).
- une forme de cardiomyopathie dilatée familiale associée à des
troubles conductifs (CMD1A).
L’atteinte cardiaque est caractérisée par l’association de troubles du rythme
et de la conduction. Les blocs sino-auriculaires, auriculo-ventriculaires de
haut degré peuvent amener à la pose d’un stimulateur cardiaque. A l’étage
supraventriculaire, l’arythmie complète lente par fibrillation auriculaire est
fréquente, à l’étage ventriculaire, les extrasystoles sont courantes, les
tachycardies et fibrillations ventriculaires sont responsables de mort subite. A
terme, la dysfonction ventriculaire gauche apparaît, le cœur se dilate amenant à
un tableau d’insuffisance cardiaque pouvant nécessiter une greffe cardiaque
[3].
L’étude rétrospective des circonstances de décès dans les familles
atteintes de laminopathies a révélé une forte incidence de mort subite d’origine
cardiaque [4]. Pour un certain nombre de sujets, il s’agissait là de la première
et seule manifestation de la maladie. Pour d’autres, l’implantation d’un
stimulateur cardiaque n’a pu prévenir la mort subite [5].
Dans ce
contexte, une étude multicentrique de prévention de la mort subite coordonnée
par le Pr Denis Duboc, a été menée en France (Unité de pathologie musculaire de
la Salpêtrière et Hôpital Cochin à Paris, Hôpital Charles Nicolle à Rouen) et
aux Pays-Bas (Hôpital Universitaire de Maastricht) entre 1999 et 2004 [6]. Il
s’agissait de 19 patients, âgés de 19 à 50 ans (14 hommes et 5 femmes), recrutés
selon les critères suivants : diagnostic génétique de laminopathie confirmé et
troubles conductifs avérés nécessitant l’implantation d’un stimulateur
cardiaque. Il leur a été proposé systématiquement l’implantation d’un
défibrillateur cardiaque au lieu du stimulateur. Le défibrillateur ayant
naturellement les fonctions d’entraînement électrosystolique.
Durant un
suivi moyen de 33 mois, 8 patients (42%) ont été victimes d’un trouble du rythme
ventriculaire grave ayant déclenché un choc approprié du défibrillateur, dont 6
pour fibrillation ventriculaire mortelle. Grâce au défibrillateur, ces 6
patients ont pu échapper à une mort subite certaine [7]. IL est important de
signaler que ces patients avaient une fonction ventriculaire gauche moyenne
conservée (FEVG moyenne de 58%).
Cette étude a ainsi démontré l’intérêt,
dans le cadre de la prévention primaire de la mort subite, du défibrillateur
cardiaque implanté chez des sujets atteints de laminopathies du muscle strié à
fonction ventriculaire gauche conservée et présentant des troubles conductifs
justifiant de la pose d’une stimulation cardiaque.
Références :
1.
Bonne,
G., et al., Mutations in the gene encoding lamin A/C cause autosomal dominant
Emery-Dreifuss muscular dystrophy. Nature Genet, 1999. 21(3): p.
285-288.
2.
Ben
Yaou, R., et al., Genetics of laminopathies. Novartis Found Symp, 2005. 264: p.
81-90; discussion 90-97, 227-30.3.
van
Berlo, J.H., et al., Meta-analysis of clinical characteristics of 299 carriers
of LMNA gene mutations: do lamin A/C mutations portend a high risk of sudden
death? J Mol Med, 2005. 83(1): p. 79-83.4.
Bécane,
H.-M., et al., High incidence of sudden death with conduction system and
myocardial disease due to lamins A and C gene mutation. Pacing Clin
Electrophysiol, 2000. 23(11): p. 1661-1666.
5.
Ben
Yaou, R., et al. Cardiac sudden death in Laminopathies. Abstract D.P.1.4.
in 7th International Congress of the World Muscle Society. 2002. Rotterdam, The
Netherlands, 2-5 october.6.
Meune,
C., et al., Primary prevention of sudden death in patients with lamin A/C gene
mutations. N Engl J Med, 2006. 354(2): p. 209-10.
7. Courbe de survie théorique
des patients en l'absence de choc délivré par le défibrillateur. © Meune
et al. 2006.