Le 5ème congrès du Consortium International sur la Dystrophie Myotonique
IDMC5 a rassemblé 150 chercheurs et médecins à Québec du 20 au 23 octobre 2005.
Une demie journée était réservée aux rencontres malades et médecins chercheurs.
Les présentations ont porté sur les mécanismes moléculaires impliqués dans la
maladie, les protéines intervenant dans ces mécanismes, l’évaluation clinique et
les aspects thérapeutiques.
Références :
Les dystrophies myotoniques DM1 et DM2 sont liées à la présence de triplets
CTG ou de quadruplets CCTG instables dans la partie non codante d’un gène
: la région3’UTR du gène DMPK codant pour une kinase pour DM1 et le 1er
intron d’un gène ZNF9 codant un doigt de zinc pour DM2. Les mécanismes impliqués
sont de même nature dans DM1 et DM2. Le gène porteur des répétitions est
transcrit en ARN. Les ARNm porteurs d’amplification de triplets ou quadruplets
sont retenus dans le noyau où ils captent des protéines, CUG-BP et MBNL,
impliquées dans l’épissage. Les anomalies d’épissage de gène tels que CLC1, le
récepteur à l’insuline ou la troponine cardiaque sont responsables des
principaux signes de la maladie.
Cependant, un certain nombre d’inconnues
persistent, en particulier on n’explique pas l’absence de formes congénitales
dans la DM2.
L’instabilité de l’ADN entrainant une
augmentation des séquences répétées dans les tissus et au cours des générations
est responsable d’une aggravation progressive de la maladie au cours de la vie
et d’une génération à la suivante.
Des défauts dans la réplication, la
recombinaison, la réparation de l’ADN impliquant des protéines telles que
MsH2, MsH3, sont à l’origine de l’instabilité de l’ADN pouvant
conduire soit à des contractions mais, beaucoup plus souvent à des expansions de
CTG ou CCTG . Ils sont dépendants de la division cellulaire et entrainent une
augmentation importante du nombre de triplets dans les tissus à
division rapide. Cependant on trouve des expansions, y compris dans les tissus
qui ne se divisent pas. Ceci a été montré chez la souris transgénique où l’on
observe une amplification des triplets dans le cerveau, le poumon. Par ailleurs,
lorsque l’on bloque la division cellulaire par des drogues, on continue à
observer une augmentation des triplets . Ceci montre que la division
cellulaire n’est pas nécessaire pour obtenir des expansions.
Il a
été montré que les anomalies de splicing concernaient bien
d’autres protéines que celles déjà connues, par exemple la
protéine tau, la dystrophine, la dystrobrevine, le
récepteur à la ryanodine. D’autre part certaines équipes ont montré que
des protéines autres que CUG-BP et MBNL se liaient aux répétitions CUG et
étaient séquestrées dans le noyau intervenant sur l’épissage. L’une d’entre
elle, STR1, inhiberait la différenciation cellulaire et
pourrait être responsable de la dystrophie.
De nombreux modèles
animaux en particulier murins ont été développés et permettent
d’étudier l’instabilité de l’ADN et les mécanismes moléculaires de la maladie.
Le rôle des protéines qui se lient aux CUG est étudié sur les modèles murins,
parfois conditionnels, mais également sur des modèles de drosophiles et de
zebrafish.
Il existe une corrélation entre la taille des CTG et l’âge de début et la
gravité de la maladie.
Cependant le mosaïcisme somatique
rend difficile l’évaluation précise de ces corrélations. Le mosaïcisme
dépend de l’âge, des tissus concernés et de la longueur des répétitions. On
retrouve une bien meilleure corrélation lorsque l’on utilise la taille
héritée des répétitions qu’il est important de définir. La taille
héritée est représentée par la taille minimum des CTG observée par PCR pour un
tissu donné.
Des registres et des banques de données ont été développés
qui permettent d’étudier les corrélations génotype-phénotype ou de définir les
critères les plus discriminants dans l’évolution de la maladie qui pourront être
utilisés dans des essais cliniques.
Le suivi longitudinal chez 160 patients a
permis de définir que le fléchisseur du cou et les muscles distaux des membres
étaient plus utiles que d’autres pour évaluer la progression de la maladie, de
même le résultat du hand grip par dynamométrie. L’évaluation de la
fonction semble plus utile que celle de la force.
L’étude de la myotonie par électromyographie montre des
aspects différents dans DM1 et DM2. Elle est retrouvée plus facilement dans les
muscles distaux dans DM1 et dans les muscles proximaux dans DM2 , les graphiques
d’enregistrements ont un aspect différent.
L’étude de l’excitabilité de
l’unité motrice chez des patients DM1 et DM2 a permis de montrer que la période
réfractaire était augmentée dans DM1 mais semblait conservée dans DM2. Des
études complémentaires sont nécessaires pour préciser si cette technique
pourrait être utilisée dans l’évaluation des patients atteints de dystrophie
myotonique et permettrait de discriminer DM1 et DM2.
La mort subite d’origine arythmique est responsable d’un
tiers de la mortalité dans la DM1. L’atteinte cardiaque se manifeste par des
troubles de la conduction chez les patients plus âgés alors que les troubles du
rythme sont fréquents chez les patients plus jeunes. Une étude systématique
française incluant un bilan électrophysiologique a retrouvé un intervalle HV
supérieur à 70 ms chez 33.8% des patients, ce qui représente un haut risque de
mort subite. Il n’existe pas de corrélation entre la taille des CTG et les
troubles dysrythmiques. Les résultats de cette étude ont permis de définir des
critères d’implantation de pace maker et de défibrillateur. Cependant,
l’impact des traitements préventifs médicamenteux (IEC et
béta-bloquants) sur le pronostic reste à définir.
L’importance de l’implication du système nerveux central
dans la maladie est de plus en plus reconnue et étudiée, qu’il s’agisse des
troubles du sommeil ou des atteintes cognitives. Des anomalies du système
nerveux central sont également retrouvées dans les modèles de souris et
ont permis de définir le rôle toxique des ARN mutés sur les cellules
nerveuses. L’extrapolation des résultats de la souris transgénique à ceux
observés chez l’homme par l’imagerie ou l’évaluation neuropsychologique devrait
permettre de mieux comprendre les mécanismes pathogéniques de l’atteinte du SNC.
On retrouve une corrélation entre les troubles neuropsychologiques et les aires
du cerveau présentant des anomalies à l’IRM.
En ce qui concerne le
sommeil, l’hypersomnolence ( EDS) augmente parallèlement
à l’atteinte musculaire. Une étude a montré que dans DM1 l’EDS n’était pas
due à un défaut de l’hypocrétine ni de son récepteur.
La fatigue est fréquemment notée par les malades, qu’il existe
ou non une hypersomnolence.
Plusieurs présentations ont porté sur les formes congénitales et
infantiles de la maladie et ont montré qu’elles ne constituaient
pas de 2 entités distinctes mais qu’il s’agissait plutôt d’un continuum clinique
avec une forme intermédiaire avec des petits signes présents à la naissance mais
ne nécessitant pas de réanimation néonatale. Cette forme représente 30% de
l’ensemble des atteintes débutant dans l’enfance. L’identification de cette
forme infantile à début très précoce est particulièrement
importante pour la prise en charge clinique et le conseil génétique. Toutes ces
formes infantiles ont en commun une prédominance de signes non musculaires,
principalement des difficultés d’apprentissage et un retard
scolaire.
Certains de ces groupes ont fait l’objet d’étude pour le profil
cognitif, le sommeil, les difficultés de lecture et de langage.
L’hypersomnolence diurne est une plainte fréquente chez ces enfants atteints
de formes infantiles et congénitales de DM et pourrait contribuer aux
difficultés scolaires observées chez ces enfants. Une étude dans un groupe
d’enfants atteints de la forme infantile de la maladie a montré que la fatigue
était notée chez 66% d’entre eux et l’hypersomnolence chez 57%.
L’étude du sommeil a permis de mettre en évidence
des apnées du sommeil dans 29% des cas et des
mouvements anormaux des jambes entrainant une fragmentation du sommeil
dans 38%. La fatigue est accusée par 66% de ceux qui
présentent des apnées du sommeil et chez 100% des enfants avec des mouvements
anormaux des jambes alors qu’en l’absence de ces 2 symptômes on ne la retrouve
que dans 29% des cas. Un traitement adapté devrait permettre d’améliorer
les performances scolaires de ces enfants.
Une étude
neuropsychologique de ce groupe d’enfants atteints de forme infantile a
permis de définir des profils différents selon le sexe du parent transmetteur.
Les enfants dont la mère est transmettrice présentent une atteinte globale avec
QI bas, aussi bien verbal que non verbal, par ailleurs corrélé à la taille des
CTG. Les enfants chez lesquels la transmission est paternelle ont une taille de
CTG moindre et présentent une intelligence subnormale mais une atteinte
sélective des fonctions visuo-spaciales et de la mémoire de travail.
Dans les
formes infantiles une étude du langage et des capacités de
lecture a mis en évidence des anomalies spécifiques de la maladie, même
chez les enfants à QI normal.
Ces 3 études montrent que des méthodes
spécifiques de prise en charge et des traitements médicamenteux peuvent
être mis en place chez ces enfants et devraient contribuer à améliorer leurs
performances scolaires.
Des drogues ou des outils pouvant potentiellement être utilisé comme
traitement de la DM ont fait l’objet d’évaluation lors
d’études précliniques ou cliniques :
Certains
médicaments utilisés en chimiothérapie dans le cancer
entrainent une réduction de la taille des amplifications de triplets (CTG et
CAG) comme cela a été retrouvé sur les lignées lymphoblastiques de
patients DM traités par ces drogues et sur des cellules en culture exposées à
des antimitotiques. Il serait intéressant d’étudier le comportement des
expansions de triplets dans d’autres tissus de patients DM traités pour cancer
et de voir si ces réductions de triplets s’accompagnent d’un blocage ou d’un
ralentissement dans l’évolution des maladies à triplets répété.
Un essai randomisé comparant 2 doses de mexiletine contre
placebo a montré l’efficacité du produit sur le temps de relaxation de la main.
Cependant, étant donné les risques cardiaques éventuels du produit, d’ailleurs
considérés comme minimes par certains, il semble important de déterminer si
l’efficacité du mexitil est limitée à la seule myotonie ou si elle concerne
également les douleurs, la force et la fonction musculaire. Ceci permettrait
d’élargir les indications de ce traitement.
Une équipe japonaise a montré que certains dérivés
flavonoïdes inhibaient les effets en cis et en trans et réduisaient la
cytotoxicité des répétions CTG sur un modèle cellulaire en culture ; Ceci en
ferait des candidats potentiels pour une thérapie des maladies à triplets
répétés. D’autre part, le modèle utilisé devrait permettre de tester d’autres
produits actifs pour modifier la taille des séquences d’ADN répétées.
Un essai préclinique financé par l’AFM a montré l’efficacité de
ribozymes et d’antisens injectés en intramusculaire dans
le muscle tibial antérieur d’une souris DM à réduire le niveau des ARN mutés
retenus dans le noyau. Il faut alors déterminer si, dans ces conditions, le
muscle retrouve une fonction normale. Ceci sera évalué par des méthodes
fonctionnelles et différentes techniques d’imagerie. Si les résultats étaient
positifs cela permettrait d’envisager l’utilisation d’antisens et de ribozymes
comme un outil de thérapie génique de la dystrophie myotonique chez l’homme.