Il existe différentes formes de myasthénies autoimmunes aboutissant aux mêmes
symptômes cliniques, fatigabilité et faiblesse musculaires, mais sous-tendues
par des mécanismes pathogéniques distincts. Le groupe du Professeur Angela
Vincent a joué un rôle capital dans la mise en évidence et la compréhension de
ces différents mécanismes.
La myasthénie autoimmune ou myasthenia gravis (MG) est associée dans la
majorité des cas à la présence d’anticorps sériques anti-RACh (MG-RACh), très
spécifiques et pathogènes. La maladie peut débuter à tous les âges mais, du fait
du vieillissement de la population, l'on observe un nombre croissant de patients
présentant leurs premiers signes après l’âge de 60 ans. Les anticorps anti-RACh
agissent par des mécanismes combinés de lyse médiée par le complément de la
membrane post-synaptique et d’une dégradation accrue des RACh. Le thymus est
souvent anormal, le siège d’une hyperplasie folliculaire chez des patientes
jeunes, ou d’un thymome. Ces anomalies jouent certainement un rôle, encore mal
compris, dans l’apparition des anticorps. Les traitements immunosuppresseurs
habituellement utilisés donnent de bons résultats dans la majorité des cas.
Dans le sérum de mères dont l'enfant développe une arthrogrypose congénitale
généralisée, les anticorps inhibent directement la fonction de la sous-unité
gamma du RACh, qui est spécifique du RACh de type fœtal. Ces anticorps causent
une paralysie fœtale et une hypoplasie des poumons. Par extension, il se
pourrait que d'autres anticorps sériques maternels dirigés contre des antigènes
neuronaux ou musculaires soient à l'origine du développement fœtal anormal de
certains enfants.
Une autre forme de myasthénie autoimmune est caractérisée
par l’absence d’anticorps anti-RACh mais aussi, comme l’a découvert le groupe du
Professeur Angela Vincent, par la présence d’anticorps anti-MuSK (MG-MuSK). Le
mécanisme d’altération de la transmission neuromusculaire par les anticorps
anti-MuSK n'est pas clair. Une des difficultés vient de ce que les muscles
bulbaires et de la face qui sont le plus sévèrement atteints et deviennent
souvent atrophiques, sont difficiles à étudier in vitro. Le thymus est
généralement normal. Les traitements immunosuppresseurs sont globalement
efficaces, bien que les stéroïdes ne le soient pas toujours. Des résultats
expérimentaux préliminaires obtenus dans des modèles de culture cellulaire
suggèrent que les anticorps anti-MuSK agissent par un mécanisme indépendant du
complément et entraînent une surexpression des gènes de l’atrophie musculaire.
Les stéroïdes pourraient également jouer un rôle dans l’atrophie
musculaire.
Enfin, il existe des patients sans anticorps anti-RACh et sans
anticorps anti-MuSK (MG séronégative). Dans ces cas-là, le diagnostic peut
s’avérer difficile malgré l’aide précieuse de l’EMG. Le sérum de ces patients
provoque une désensibilisation du RACh dans des modèles de culture cellulaire,
qui serait due à des IgM plutôt qu à des IgG comme dans la forme commune de MG.
Leur thymus ressemble à ceux des MG-RACh. Une hypothèse est qu’il s’agisse
d’anticorps anti-RACh mais de faible affinité.
Ces différentes formes de MG
illustrent la diversité des mécanismes auto-immuns sous-jacents, conduisant
pourtant à des symptômes cliniques similaires, ainsi que les mécanismes
compensateurs qui surviennent à la jonction neuromusculaire et les fondements à
l'origine de leur importante diversité phénotypique.