Mode non-voyant cliquez ici
 

Journées de la SFM

Syndromes myasthéniques congénitaux (SMC)

Les syndromes myasthéniques congénitaux (SMC) constituent un groupe hétérogène de maladies génétiques affectant la transmission neuromusculaire au niveau :
  • pré-synaptique : mutations du gène CHAT (choline acétyltransférase);
  • synaptique : mutations du gène COLQ (queue collagénique de l'acétylcholinestérase) entraînant un déficit en AChE;
  • post-synaptique : mutations des gènes CHRNA1, CHRNAB1, CHRND, CHRNE (sous-unités du récepteur de l’acétylcholine), RAPSN (rapsyne), SCN4A (canal sodium musculaire), MUSK (récepteur tyrosine kinase musculaire).
 
La caractérisation des SMC comprend deux étapes : établir le diagnostic clinique puis identifier et caractériser l’anomalie moléculaire.
> Réseau français sur les syndromes myasthéniques congénitaux
> Diagnostic EMG des syndromes myasthéniques congénitaux
>  Génétique des Syndromes Myasthéniques Congénitaux (SMC) : de la mutation privée à l’effet fondateur
> Aspects phénotypiques d’un syndrome myasthénique congénital (SMC) dû à des mutations du gène COLQ
  • Réseau français sur les syndromes myasthéniques congénitaux
  • Daniel Hantaï
    Les SMC sont des maladies héréditaires chroniques, rares et invalidantes, débutant souvent dès l'enfance et pouvant mettre en jeu le pronostic vital. Ils ont en commun une anomalie de la transmission neuromusculaire qui s’exprime cliniquement par une faiblesse musculaire accentuée par l’effort. Ils forment cependant un groupe d’affections hétérogènes tant sur le plan clinique, de l’hérédité et des mécanismes physiopathologiques qui les sous-tendent ce qui explique la difficulté d'un diagnostic physiopathologique complet.
    Nous avons mis sur pied en 2001 un réseau clinique et de recherche sur les SMC.  Il réunit des services cliniques de neuropédiatrie et de neurologie adulte et des laboratoires de recherche spécialisés dans l'étude la jonction neuromusculaire (tableau). Il a permis de développer pour la première fois en France l’approche et les moyens nécessaires à une caractérisation des SMC qui repose sur la clinique, l’électroneuromyographie, l’étude des jonctions neuromusculaire sur biopsie musculaire et l’identification de mutations dans les 9 gènes connus à ce jour, le dernier venant d’être identifié par notre réseau.C’est ainsi qu’ont pu être étudiés les 100 patients recensés alors dans la population française et une solution moléculaire a pu être donnée pour 55 d'entre eux permettant un traitement adapté et, pour certains, un conseil génétique.
    Outre l'identification de mutations dans les 9 gènes connus, nous recherchons de nouveaux gènes responsables des SMC dans l'ensemble des patients non caractérisés actuellement. Ceci passe par une stratégie classique d'analyse liaison quand elle s'avère possible mais surtout par une stratégie gène candidat qui repose sur l’étude en parallèle des biopsies musculaires des patients et de leur ADN. Pour démontrer le caractère pathogène des mutations nouvelles identifiées mais aussi dans la perspective de nouvelles thérapeutiques, nous utilisons et développons des modèles d’expression de ces mutations (modèles cellulaires et modèles murins).
    Ce réseau s'appuie sur les centres de référence en pathologie neuromusculaire nouvellement labellisés et réunit des équipes cliniques et des groupes de recherche de très haut niveau. Il permet tout à la fois de développer les outils diagnostiques et les modèles expérimentaux seuls à même de parvenir à une caractérisation complète des SMC afin d’autoriser un traitement adapté et de donner un conseil génétique approprié aux patients.
    EQUIPES CLINIQUES
    PARIS
     Bruno Eymard, Michel Fardeau, Pitié-Salpêtrière
     Pascale Richard, Pitié-Salpêtrière
     Michèle Mayer, St Vincent de Paul
    GARCHES
     Brigitte Estournet, Raymond Poincaré
     Bernard Clair, Raymond Poincaré
    LE PLESSIS-ROBINSON
     Philippe Dartevelle, Marie-Lannelongue
    LILLE
     Tanya Stojkovic, Roger Salengro
    LYON 
     Guy Chauplannaz, Hôpital Neurologique
    MARSEILLE
     Jean Pouget, La Timone
    MONTPELLIER
     Bernard Echenne, St Eloi
    NICE
     Claude Desnuelle, L’Archet
    STRASBOURG
     Christine Tranchant, Hôpitaux Universitaires
    TUNIS
     Fayçal Hentati, La Rabta
    TOKYO
     Makiko Osawa, Tokyo’s Women University Hospital
    GROUPES DE RECHERCHE
     
    PARIS
     Daniel Hantaï, INSERM U582,  Pitié-Salpêtrière
     Eric Krejci, Claire Legay, ENS Paris
     Pierre Jean Corringer, CNRS URA 2182, Institut Pasteur
     
    GIF sur YVETTE
     Jordi Molgo, CNRS UPR 9040
     Takeshi Shimahara, CNRS UPR 9040
     
    LYON
     Laurent Schaeffer, ENS/CNRS UMR 5665
     
    HEIDELBERG
     Veit Witzemann, Max Planck Institut
     
    VIENNE
     Ruth Herbst, Wien Universität
     
     
     
     
     
  • Communication d’Emmanuel Fournier : Diagnostic EMG des syndromes myasthéniques congénitaux
  • Emmanuel Fournier
    L’objectif de l’électromyographie est de mettre en évidence les anomalies de la transmission nerveuse et de les caractériser afin d’orienter le diagnostic moléculaire et de guider le choix thérapeutique. Certains signes caractéristiques à l’EMG sont évocateurs d’un certain type de SMC : les réponses motrices répétitives sont le signe d’une SMC avec excès de fonction de la jonction neuromusculaire (contre indication aux anti-cholinestérasiques) alors qu’un décrément isolé à 3Hz (sans dédoublement des réponses motrices) évoque plutôt un phénotype de défaut de fonction de la jonction neuromusculaire (orientation vers un traitement anti-cholinestérasique).
    L’étude électromyographique a porté sur 77 patients examinés pour suspicion de syndrome myasthénique congénital (SMC).
    Des réponses motrices répétitives ont été caractérisées chez 9 d’entre eux. L’analyse moléculaire a révélé que 4 de ces patients étaient porteurs de mutations du gène COLQ (déficit en cholinestérase) et 3 de mutations responsables de syndrome du canal lent, ce qui correspond effectivement à un gain de fonction de la JNM. Le diagnostic génétique a donc confirmé à 78% des résultats prédictifs de l’EMG.
    Chez 46 autres patients, l’EMG a mis en évidence un décrément à la stimulation répétitive 3 Hz, sans dédoublement des réponses motrices, orientant vers un défaut de la jonction neuromusculaire. L’analyse moléculaire a confirmé à 45% ces prédictions :  mutations responsables de déficits en récepteur à l’acétylcholine (10 patients), rapsyne (9 patients) et MuSK (1 patient).
    Chez un certain nombre de patients souffrant essentiellement d’une faiblesse musculaire proximale (soit une présentation plus myopathique que myasthénique), l’examen EMG a révélé des anomalies de transmission neuromusculaire insoupçonnées. D’après ces résultats, un des objectifs de l’EMG serait de rechercher un SMC chez des cas myopathiques sans explication évidente.
    Signes à l’EMG
    Réponses motrices répétitives
    Décrément isolé à 3Hz (sans dédoublement des réponses motrices)
    Type de SMC évoqué
    SMC avec excès de fonction de la jonction neuromusculaire
    SMC défaut de fonction de la jonction neuromusculaire
    Orientation du traitement
    Contre indication aux anti-cholinestérasiques
    Anti-cholinestérasiques
     
     
  • Communication de Pascale Richard : Génétique des Syndromes Myasthéniques Congénitaux (SMC) : de la mutation privée à l’effet fondateur
  • Dr Pascale Richard
    Les études génétiques dans les syndromes myasthéniques sont récentes et ont déjà montré l’existence d’une importante hétérogénéité génétique.
    - Très peu de mutations du gène CHAT codant la Choline Acétyl transférase ont été identifiées dans les formes présynaptiques.
    - Dans les formes synaptiques avec déficit en acétylcholine, des mutations  du gène COLQ codant la queue collagénique de l’acétylcholinestérase sont retrouvées fréquement.
    - Dans les SMC postsynaptiques, 20% des patients sont mutés dans CHRNE (sous unité epsilon du récepteur de l’acétylcholine) et 20% dans RAPSN (rapsyne).
    De très nombreuses mutations sont décrites dans ces gènes et dans la grande majorité des cas, chaque famille ou patient présente sa propre mutation, suggérant qu’il s’agit de  « mutations privées ». Cependant, quelques mutations sont retrouvées avec une plus grande fréquence dans certaines populations, et montrent l’existence d’un effet fondateur. Il s’agit entre autre de la mutation I336T de CHAT dans des familles d’origine turque, la mutation G240X de COLQ qui aurait un effet fondateur au Moyen Orient,  la mutation gitane 1267delG dans CHRNE et la mutation N88K dans RAPSN qui a un effet fondateur d’origine indo-européenne.
    Pascale Richard et son équipe ont montré que la  mutation 1293insG de CHRNE est très souvent présente chez les patients originaires du pourtour méditerranéen (60%) par rapport à l’ensemble des mutations de ce gène chez des patients Européens (20%). L’analyse d’une cohorte de patients porteurs de cette mutation a montré l’existence d’un effet fondateur dans ces populations.
    Dans un objectif diagnostique, la recherche directe de cette mutation chez des patients issus du pourtour méditerranéen permet une identification rapide de l’anomalie moléculaire en cause.
    Communication de Thierry Kuntzer : Aspects phénotypiques d’un syndrome myasthénique congénital (SMC) dû à des mutations du gène COLQ
    Thierry Kuntzer
     
    Thierry Kuntzer a discuté les manifestations cliniques et électrophysiologiques d’un patient de 45 ans ayant un syndrome myasthénique congénital s'exprimant par une parésie appendiculaire asymétrique et respiratoire, et s’étant révélé porteur d’une double mutation hétérozygote du gène COLQ; une amélioration motrice par la prise d’éphédrine est espérée.
     
     
     
    Par ailleurs, des observations cliniques de patients présentant un SMC ont  été présentées par Thierry Kuntzer et Tanya Stojkovic.  L'effet bénéfique apparemment paradoxal de la 3,4-diaminopyridine chez les patients présentant une mutation dans le gène COLQ a été discuté.