Mode non-voyant cliquez ici
 

Journées de la SFM

Biologie de la jonction Neuromusculaire

Au niveau de la jonction neuromusculaire, l'acétylcholine (ACh), neuromédiateur stocké dans les vésicules synaptiques, est massivement libérée au moment de l’arrivée de l’influx nerveux du motoneurone. L’ACh libérée traverse la lame basale et se fixe sur les récepteurs à l'acétylcholine (RACh), qui s’ouvrent de manière transitoire. Lorsque la dépolarisation de la membrane post synaptique atteint le seuil d’activation des canaux sodiques du muscle, le potentiel d’action se propage alors à la surface de la fibre. C’est la transmission synaptique.
La libération de calcium induite par cette dépolarisation provoque la contraction de la fibre. Dans la fente synaptique, l'acétylcholine est rapidement dégradée par l'acétylcholinestérase (AChE) permettant ainsi une contraction ultérieure.
Jonction Neuromusculaire
© Eric Krejci
Eric Krejci
  • Communication d’Eric Krejci : Cholinestérase et contrôle de la transmission synaptique à la jonction neuromusculaire
Chez les mammifères, l’acétylcholine peut être hydrolysée par deux enzymes : l'acétylcholinestérase (AChE) et la butyrylcholinestérase (BChE). Ces deux enzymes possèdent des caractéristiques catalytiques différentes mais des mécanismes moléculaires communs d’assemblage en oligomères.
Les travaux d’Eric Krejci ont montré que deux protéines, PRiMA et ColQ, sont capables d’agencer des complexes tétramériques d’AChE et de BChE et de les adresser dans deux compartiments de la jonction neuromusculaire : dans les lames basales post-synaptiques via ColQ et dans les membranes plasmiques via PRiMA.
Des manipulations génétiques chez la souris ont permis de supprimer le domaine d’interaction (PRAD) de ColQ et de PRiMA avec les cholinestérases (entraînant une absence des complexes) et d’en étudier les conséquences sur la localisation de l’AChE dans la jonction neuromusculaire.
En absence de ColQ (modèle de myasthénie congénitale), le niveau d’AChE est très faible et les RACh sont activés de manière répétitive. La BChE qui est toujours accumulée dans ce mutant ne contrôle pas la durée d’activation des récepteurs mais modulent les processus de libération de l’ACh. Ainsi, l’excès d’acétylcholine entraîne non seulement des modulations post-synaptiques mais aussi des modifications présynaptiques. 
  • Communication de Laurent Schaeffer : Contrôle de l’expression des gènes musculaires par l’innervation motrice
Dans le muscle adulte, la majorité des protéines ayant une fonction synaptique (comme le récepteur à l’acétylcholine) est spécifiquement localisée sous la terminaison nerveuse. En effet, les gènes codant ces protéines (appelés gènes synaptiques) sont spécifiquement exprimés par quelques noyaux situés directement sous la terminaison nerveuse (noyaux sous-neuraux) alors qu’ils ne sont pas exprimés dans les noyaux situés plus loin de la jonction neuromusculaire (noyaux extra-synaptiques). Cette compartimentation de l’expression des gènes résulte de l’action conjointe de deux mécanismes régulateurs contrôlés par l’innervation :
- Dans les noyaux sous-neuraux, les facteurs agrine er neurégulines activent les récepteurs MusK, déclenchant une cascade de réactions moléculaires (voie MAPK) aboutissant à la stimulation de l’expression des gènes synaptiques via le facteur de transcription GABP.
- Dans les régions extra-synaptiques, l’activité électrique (due à la transmission nerveuse) réprime l’expression de gènes, en particulier RACh, via une voie de signalisation calcique.
D’après les travaux de Laurent Schaeffer, ces deux mécanismes impliquent le contrôle de l’état de compaction de la chromatine* dans les noyaux musculaires sous-neuraux et extra-synaptiques. En effet, lorsque l’ADN est condensé, il est moins accessible aux facteurs de transcription et l’expression des gènes est inhibée. Par contre, lorsque l’ADN est relâché, les gènes peuvent être transcrits.
 
*Dans les cellules eucaryotes, le matériel génétique est organisé en une structure complexe constituée d'ADN et de protéines,  localisé dans le noyau. Cette structure a été baptisée chromatine (du grec khroma: couleur et sôma: corps). La chromatine peut être plus ou moins compactée.