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Interviews en ligne

Delphine Boërio est actuellement en post-doctorat à l’Institut de Myologie, rattachée à l’UMR-S 582, dans l’équipe de Daniel Hantaï. Elle a récemment publié un article* sur les propriétés d’excitabilité neuromusculaire dans la dystrophie myotonique de Steinert. Elle a réalisé ce travail au cours de sa thèse de neurosciences, encadrée par Jean-Pascal Lefaucheur et Jean-Yves Hogrel. Cette étude a été menée chez des patients atteints de dystrophie myotonique de Steinert suivis par le Dr Bassez, à l’Hôpital Henri Mondor.
 
Quel était le but de l’étude que vous avez publié ?
La dystrophie myotonique de Steinert est la forme la plus fréquente de dystrophie musculaire associée à une myotonie chez l’adulte. C’est une atteinte multisystémique dont la physiopathologie demeure encore partiellement inconnue. Une des caractéristiques du tableau clinique est la présence d’une myotonie, c’est à dire une difficulté voire une incapacité à relâcher le muscle après une contraction.
Le but de cette étude était d’observer les propriétés d’excitabilité neuromusculaire au cours de la maladie de Steinert.
Quelle technique avez-vous utilisée ?
Nous avons utilisée une technique non invasive de mesure du cycle d’excitabilité neuromusculaire qui consiste à stimuler un nerf moteur au moyen d’un courant électrique et à enregistrer la réponse musculaire globale à cette stimulation. Cette technique apporte des informations précises sur le fonctionnement des canaux ioniques (en particulier certains canaux sodiques et potassiques) et l’état du potentiel de membrane. Elle donne des informations complémentaires aux données fournies par des techniques classiquement utilisées en neurophysiologie clinique. Non invasive et non douloureuse cette technique peut être répétée dans le cadre d’un suivi longitudinal pour observer l’évolution de la maladie, ou encore pour apprécier les modifications induites par un traitement.
 
En quoi consiste-t-elle concrètement ?
Concrètement, des stimulations électriques ont été appliquées sur le nerf moteur ulnaire et l’activité musculaire a été recueillie par un EMG de surface au moyen de petites électrodes adhésives placées sur le muscle abducteur du 5ème doigt. Après avoir déterminé pour chaque patient l’intensité de stimulation permettant d’obtenir une réponse musculaire d’amplitude maximale, nous avons réalisé nos tests en utilisant une méthode de « double choc ». Nous appliquons deux stimulations électriques en faisant varier le délai les séparant: la première est d’intensité supramaximale, la seconde est sous-maximale (60% du max +/-10%). Nous étudions ainsi pour chaque patient différentes propriétés de l’excitabilité neuromusculaire comme par exemple la période réfractaire (qui est due à une inactivation transitoire des canaux sodiques suite à leur ouverture) et la période supernormale (qui reflète l’état du potentiel de membrane et est limitée par certains canaux potassiques de type rapide).
 
Quels sont les résultats que vous avez obtenus ?
Pour résumer, nous avons observé une augmentation de la durée de la période réfractaire, une augmentation du pourcentage de réfractorité et une diminution du pourcentage de supranormalité ce qui reflète une réduction de l’excitabilité neuromusculaire. Nous avons également mis en évidence que, dans une certaine mesure, il existe une corrélation entre les anomalies d’excitabilité observées et le nombre de répétitions de triplets CTG. Il serait donc envisageable que le génotype des patients atteints de dystrophie myotonique de Steinert participe, au moins en partie, à l’altération des propriétés neuromusculaires. D’autres études ont par ailleurs démontré l’existence de corrélations entre le nombre de répétitions de triplets et la sévérité de la myotonie, pour des patients présentant moins de 1000 répétitions de triplets CTG.
 
Peut-il y avoir un intérêt diagnostic ?
Cette technique permet certes la mise en évidence très précoce d’anomalies d’excitabilité neuromusculaire qui ne peuvent pas êtres mises en évidence par d’autres techniques d’électrophysiologie. Pour autant, on ne peut considérer cette technique comme un outil diagnostique. En effet, des anomalies d’excitabilité neuromusculaires peuvent survenir dans d’autres pathologies telles que la neuropathie diabétique et les neuropathies périphériques dysimmunes, voire même dans la sclérose en plaques.
 
Comment allez-vous poursuivre cette étude ?
Dans la continuité de cette étude, nous envisageons de mener une évaluation multimodale de l’excitabilité neuromusculaire pour avoir une vision plus exhaustive du fonctionnement des différents canaux ioniques. Pour cela, nous allons réaliser des études électrophysiologiques in vivo sur des modèles animaux de la maladie de Steinert (souris dm300 développée par Geneviève Gourdon). Il est également prévu de les associer à des études in vitro sur muscle isolé, ainsi qu’à des études de biologie moléculaire pour observer la structure des canaux ioniques et des pompes Na/K ATPase. Ces études favoriseront la mise en relation entre les anomalies de structure et de fonction, ce qui permettrait, à terme d’améliorer la compréhension des mécanismes physiopathologiques pour aboutir à une meilleure prise en charge des patients atteints de la maladie de Steinert.

*Boërio et coll, Neuromuscular excitability properties in myotonic dystrophy type 1, Clin Neurophysiol. 2007 Nov;118(11):2375-82.