Yves Allenbach est interne en médecine interne. Il est actuellement doctorant en immunologie sous la direction du Pr Benveniste (service de Médecine interne du Pr Herson à La Pitié-Salpétrière), dans le laboratoire du Pr Klatzmann (Immunologie, Immunothérapie et Immunopathologie - 3I). Il vient de publier un article* sur un nouveau modèle murin de myopathie inflammatoire dans lequel il montre le potentiel thérapeutique des lymphocytes T régulateurs.
Quel cheminement vous avez suivi pour aboutir à ce modèle ?
Nous sommes partis du constat que les certaines myopathies inflammatoires n’ont pas de possibilité de traitement, c’est en particulier le cas de la myosite à inclusions, alors que pour d’autres, des traitements existent mais sont insuffisamment efficaces ou s’accompagnent d’effets secondaires (polymyosite et dermatomyosite). Notre objectif initial était donc de développer de nouvelles approches thérapeutiques. Ainsi développer un modèle animal de myopathie inflammatoire nous permettait à la fois d’explorer les mécanismes impliqués dans la maladie et de tester de nouveaux traitements.
Quelle approche avez-vous concrètement adoptée ?
Au cours des myopathies inflammatoires on observe des attaques musculaires auto-immunes, c’est-à-dire que le système immunitaire reconnaît des protéines musculaires comme étant étrangères au soi. Les patients développent alors une réaction auto-immune contre le muscle: leur propre système immunitaire détruit les fibres musculaires.
La mise au point de modèles animaux de maladie maladies auto-immunes spécifiques d’organe, suivent généralement la même démarche: une protéine constituant l’organe ciblé est injecté à l’animal avec un adjuvant vaccinal qui aura la propriété d’envoyer des signaux de danger au système immunitaire. L’animal, en raison des signaux de danger, va monter une réponse immunitaire contre la protéine du soi injectée. De cette façon on est capable de rompre la tolérance du système immunitaire pour une protéine du soi et ainsi provoquer une maladie auto-immune dirigée contre l’organe contenant la protéine injectée. Dans notre modèle nous avons utilisé la myosine pour provoquer une la myopathie auto-immune.
Nous avons obtenu ainsi un modèle murin de myopahtie inflammatoire fiable et reproductible. La myopathie obtenue présente des caractéristiques comparables à celles observées dans les myopathies inflammatoires chez l’homme : les souris sont cliniquement malades, les prélèvements musculaires montrent la présence de cellules inflammatoires (macrophages et lymphocytes).
Vous disiez que ce modèle allait permettre de tester de nouvelles approches thérapeutiques, pouvez-vous préciser lesquelles ?
Le système immunitaire normalement n’agresse pas l’organisme en particulier grâce aux lymphocytes les T régulateurs (Treg). Ces cellules permettent la discrimination entre le soi et le non soi. Dans notre modèle nous avons pu observer que si l’on retire les Treg la souris était plus sévèrement malade et qu’à l’inverse, l’ajout de Treg diminue l’intensité de la maladie.
Il est envisageable d’utiliser des Treg afin de traiter les myopathies inflammatoire en particulier au cours de la myosite à inclusions pour laquelle il n’existe actuellement aucune possibilité de traitement.
En pratique pour augmenter le nombre de Treg il est possible d’envisager soit un traitement par thérapie cellulaire avec transfert de Treg cultivés ex vivo soit l’utilisation de molécules permettant d’en accroitre le nombre in vivo.
Il faut néanmoins préciser qu’au cours de la myosite à inclusions il existe non seulement des mécanismes inflammatoires mais aussi dégénératifs comparables à ceux que l’on observe au cours de la maladie d’Alzheimer. Notre modèle animal de myopathie inflammatoire ne reproduit que les mécanismes inflammatoires, qui sont d’ailleurs les seuls accessibles à un traitement dans l’immédiat.
Quelles sont les étapes à venir ?Chez l’animal, nous développons un modèle plus complet de la myosite à inclusions comprenant l’aspect dégénératif, c’est-à-dire présentant des dépôts de protéines d’un type identique à celles retrouvées dans la maladie d’Alzheimer.
Chez l’homme, nous allons étudier plus en détails l’implication des lymphocytes T régulateurs dans la myosite à inclusions. En pratique, nous comptons le nombre de Treg dans le sang et les muscles des patients atteints de cette maladie pour le comparer à celui observé chez les sujets sains. L’hypothèse étant que s’il y en a moins de Treg les patients, cela pourrait favoriser le développement des attaques auto-immunes.
Chez l’homme toujours, le Pr D. Klatzmann et Pr F.Lemoine ont mis au point, au le laboratoire 3I, le moyen de prélever les Treg d’un individu sain puis de les cultiver in vitro. L’objectif étant de réinjecter un grand nombre de Treg au patient donneur (thérapie cellulaire par Treg). Pour trois patients souffrant de myosite à Inclusion la récolte et l’expansion in vitro de ces Treg a été réalisées. Les résultats sont encourageants. L’objectif final est de réinjecter les Treg aux patients.
Enfin, nous étudions l’histoire naturelle de la myosite à inclusions : on essaye de mieux comprendre les mécanismes impliqués dans l’attaque du muscle. Pour cela, on étudie les différentes cellules présentes dans le sang (labo 3I) et dans le muscle (Dr J.Wanschitz et G.Buttler Brown U974) possiblement impliquées dans l’attaque musculaire. Les caractéristiques de ces cellules seront comparées à celles de sujets sains (
étude IBMan).
L’ensemble de ces travaux nous permettent d’élaborer un essai thérapeutique pour les patients atteints de Myosite à Inclusions. C’est essai appelé
Myoreg (
Fiche actu AFM 27/04/2009 : Pr D Klatzmann, Pr O Benveniste) est cours de développement.
* Allenbach Y, Solly S, Gregoire S, Dubourg O, Salomon B, Butler-Browne G, Musset L, Herson S, Klatzmann D, Benveniste O:
Role of regulatory T cells in a new mouse model of experimental autoimmune myositis.
Am J Pathol, 2009, 174 (3):989-98
Mai 2009
Propos recueillis par Anne Berthomier