IM : Depuis combien de temps travaillez-vous sur l’évaluation in vivo chez l’animal ?
JYH : C'est un domaine assez nouveau pour moi. J’y travaille depuis environ 3 ans. Les premières demandes sont venues des équipes de Généthon qui évaluaient alors beaucoup in vitro, faisaient quelques évaluations de motricité générale de la souris. A leur demande, nous avons développé un système d’évaluation non invasif de la force de flexion et d'extension de la cheville de souris pour pouvoir suivre les animaux.
Quel est l’intérêt de ce type d’évaluation ?
Il est très puissant du point de vue méthodologique de suivre le même animal au cours du traitement, avec des méthodes non invasives qui sont le moins traumatisantes possible. Comme on ne peut demander à l’animal de faire des contractions volontaires, on l’anesthésie et on excite mécaniquement le nerf pour déclencher la contraction musculaire dont on veut mesurer la force. Ce type de suivi longitudinal permet de préserver les animaux et de renforcer la robustesse méthodologique des études : chaque souris est son propre contrôle. Pour autant, on garde aussi en tête que pour une fonction donnée, le lien n'est pas forcément direct entre la force mesurée et l'activité de l'animal : la force est un indicateur intéressant mais insuffisant.
Par ailleurs, du point de vue expérimental, on rencontre les mêmes problèmes que dans tout autre contexte de mesure de force : la faisabilité, la répétabilité (on constate peu d’écart de mesure à évaluateur, dispositif et lieu identiques), la reproductibilité (on constate peu d’écart de mesure lorsque évaluateur, dispositif et lieu diffèrent), la sensibilité au changement (ou lorsque l’évolution de la force constatée est due au traitement et non à la variabilité soit intra individuelle, soit pour un groupe de souris donné). Quant à l’acceptabilité, elle ne pose pas de problème chez l’animal.
Pouvez-vous préciser vos principaux projets en cours ?
A l’Institut par exemple, Yves Fromes (
U974) travaille sur un hamster, modèle de la delta-sarcoglycanopathie. Valérie Decostre met actuellement au point le dispositif : elle travaille sur le mode opératoire et va commencer une étude de reproductibilité sur une dizaine d’animaux.
On a aussi chez la souris un projet de recherche sur la dystrophie myotonique avec une équipe québécoise et l'équipe de Geneviève Gourdon, pour laquelle on va mettre au point une évaluation sur un modèle de souris de la dystrophie myotonique. L’idée, pour la recherche mais aussi pour l’industrie, est de pouvoir disposer d’un outil le plus simple possible d’utilisation et surtout non destructif.