Mode non-voyant cliquez ici
 

Interviews en ligne

Jean-Yves Hogrel
Jusque-là centrés sur l'évaluation sur l'homme (on leur doit de nombreux outils de mesure de la fonction musculaire) Jean-Yves Hogrel et son équipe ont récemment élargi leur domaine d'activité à l'évaluation chez l'animal.
 
IM : Depuis combien de temps travaillez-vous sur l’évaluation in vivo chez l’animal ?
JYH : C'est un domaine assez nouveau pour moi. J’y travaille depuis environ 3 ans. Les premières demandes sont venues des équipes de Généthon qui évaluaient alors beaucoup in vitro, faisaient quelques évaluations de motricité générale de la souris. A leur demande, nous avons développé un système d’évaluation non invasif de la force de flexion et d'extension de la cheville de souris pour pouvoir suivre les animaux.
 
Quel est l’intérêt de ce type d’évaluation ?
Il est très puissant du point de vue méthodologique de suivre le même animal au cours du traitement, avec des méthodes non invasives qui sont le moins traumatisantes possible. Comme on ne peut demander à l’animal de faire des contractions volontaires, on l’anesthésie et on excite mécaniquement le nerf pour déclencher la contraction musculaire dont on veut mesurer la force. Ce type de suivi longitudinal permet de préserver les animaux et de renforcer la robustesse méthodologique des études : chaque souris est son propre contrôle. Pour autant, on garde aussi en tête que pour une fonction donnée, le lien n'est pas forcément direct entre la force mesurée et l'activité de l'animal :  la force est un indicateur intéressant mais insuffisant.
Par ailleurs, du point de vue expérimental, on rencontre les mêmes problèmes que dans tout autre contexte de mesure de force : la faisabilité, la répétabilité (on constate peu d’écart de mesure à évaluateur, dispositif et lieu identiques), la reproductibilité (on constate peu d’écart de mesure lorsque évaluateur, dispositif et lieu diffèrent), la sensibilité au changement (ou lorsque l’évolution de la force constatée est due au traitement et non à la variabilité soit intra individuelle, soit pour un groupe de souris donné). Quant à l’acceptabilité, elle ne pose pas de problème chez l’animal.
 
Pouvez-vous préciser vos principaux projets en cours ?
A l’Institut par exemple, Yves Fromes (U974) travaille sur un hamster, modèle de la delta-sarcoglycanopathie. Valérie Decostre met actuellement au point le dispositif : elle travaille sur le mode opératoire et va commencer une étude de reproductibilité sur une dizaine d’animaux.
On a aussi chez la souris un projet de recherche sur la dystrophie myotonique avec une équipe québécoise et l'équipe de Geneviève Gourdon, pour laquelle on va mettre au point une évaluation sur un modèle de souris de la dystrophie myotonique. L’idée, pour la recherche mais aussi pour l’industrie, est de pouvoir disposer d’un outil le plus simple possible d’utilisation et surtout non destructif.
Chien GRMD équipe d'un accéléromètre
Allez-vous adapter vos dispositifs pour travailler sur des modèles plus évolués ?
On peut envisager des mesures de force sur le chat, le chien; on a été récemment contacté pour travailler chez le singe. Pour l’instant,  on met au point la mesure de force chez le chien GRMD car il est un bon modèle de myopathie de Duchenne .  Il faut tenir compte de la taille des animaux testés, de la fonction à tester (patte avant ou patte arrière par exemple), de leurs rétractions éventuelles. En plus, à chaque espèce ces spécificités.
Chez le chien toujours, nous venons de publier un article* sur la mesure de l'activité de l'animal via la locomotion. On a transféré chez l'animal une méthode utilisée chez l'homme basée sur l'accélérométrie, en collaboration avec Inès Barthélémy et Stéphane Blot de l'Ecole vétérinaire de Maisons-Alfort. On fait régulièrement trotter une dizaine de secondes dans un couloir des chiens équipés d'un accéléromètre (voir photo). Certaines variables accélérométriques sont parfaitement discriminantes entre les populations de chiens adultes sains et malades. Ce dispositif permet également de suivre l'évolution d'un chien GRMD au cours de sa croissance (entre 2 et 9 mois). On transfère actuellement cette technologie et cette méthodologie à Boisbonne (école vétérinaire de Nantes).
On utilise ce dispositif également sur le chat SMA en collaboration avec Béatrice Joussemet (INSERM, Nantes). Si on arrive à tester les chats adultes, c'est encore difficile pour les chatons !
 
Quels autres tests peut-on imaginer ?
Il faudra tendre vers des tests plus comportementaux. Par exemple, on met de la nourriture sur une étagère à une hauteur qui l'oblige le chien à se dresser sur ses pattes arrières,  et soit le chien arrive à l'atteindre, soit il n'y arrive pas. C'est simple, très robuste mais pas du tout sensible à l'évolution à cause de l'effet seuil. Si on part de l'idée que plus un chien bouge, plus il est autonome, suivre son activité est très intéressant : on peut par exemple la mesurer à l'aide de caméras thermiques ou de méthodes accélérométriques.
Quelque soit le test, pour aller au-delà de la mesure de la force « brute » vers la mesure de l'activité motrice ou la locomotion, il faut pour chaque espèce animale, voire même pour chaque race, définir les contraintes comportementales des animaux. C'est le premier pas, on peut ensuite définir la méthodologie. A chaque animal son système.
L'accélérométrie
Ce dispositif permet d'évaluer la locomotion en mesurant les différents paramètres de l'accélération (gamma) suivant la relation gamma = somme des forces/m. On observe alors la redistribution de la puissance en fonction des 3 axes : accélération en fonction des trois axes antéro-postérieur, vertical et médio-latéral, ainsi que la vitesse et la régularité de la marche.
L'accéléromètre est placé au niveau du centre de gravité du corps (sous le sternum pour l'animal et dans le bas du dos pour l'homme). C'est intéressant parce qu'en fonction des faiblesses musculaires qui s'installent, l'individu, pour compenser, va reconstruire un schéma moteur qui va modifier sa marche, laquelle évolue au fur et à mesure que les faiblesses s'accentuent. La marche est également modulée par les facteurs cardio-vasculaires et respiratoires.