Thomas Voit, Directeur médical et scientifique de l'Institut de Myologie et Directeur de l'unité de recherche U974 trace les grandes orientations de l'Institut pour l'année 2010.
IM : Une année 2009 riche et mouvementée vient de s’achever, sous quels auspices 2010 s’annonce-t-elle ?
TV : Si, du point de vue administratif et logistique, 2009 s’est révélée difficile, nous avons en revanche vécu une année extraordinaire sur le plan scientifique ! Nous avons publié plus de 80 articles dans des revues de premier plan, nous avons soumis 7 brevets, sans compter les importantes découvertes dont les brevets sont en cours et qui n’ont pas encore été publiées.
Donc un premier but pour 2010 sera de publier ces découvertes lorsqu’elles seront brevetées et le second sera de compléter les brevets en cours. Le troisième but sera d’investir encore plus dans les unités de recherche : avec par exemple l’arrivée sur le site de l’Institut de Martine Barkats. Autre exemple : Sonia Berrih-Aknin et son équipe, qui travaillent sur la myasthénie sont en passe de se joindre à l’U974, mais il reste encore à trouver des locaux ! On va tout essayer pour faire émerger des synergies entre ces équipes. L’effet bénéfique de cette proximité est déjà tangible et on veut continuer à travailler avec cette qualité et vélocité.
Quelles sont les thématiques de ces découvertes en cours de brevet ?
Elles concernent des voies de traitement possibles pour la dystrophie de Duchenne, l’amyotrophie spinale, la dystrophie de Becker, la dystrophie des ceintures déficiente en dysferline et la myotonie dystrophique. Sur le plan expérimental, toutes ces maladies deviennent de plus en plus accessibles à un traitement moléculaire ou pharmacologique. Le problème majeur est la mise en œuvre de telles approches thérapeutiques parce que cela prend du temps, c’est très coûteux et cela dépasse souvent le cadre d’une unité de recherche. La vocation de l’unité est de trouver de telles pistes. Ensuite, le développement ne la concerne qu’en partie, il faut d’autres forces pour aller plus loin.
Et du côté des essais ?
Il y en a de nombreux, par exemple l’essai DELOS de Santhera sur l’idébénone chez les patients atteints de dystrophie de Duchenne débutera dans les semaines qui viennent à l’Institut, les kinésithérapeutes qui réaliseront le mesures de forces terminent leur formation. Pour ce qui est de l’essai PRO51 dans la DMD de Prosensa, la phase III va être lancée ce trimestre, nous avons proposé à Prosensa que l’essai se déroulera physiquement à l’hôpital Necker et des évaluations seront menées ici à l’Institut. Autre exemple : nous sommes dans la phase d’extension de l’essai PTC 124, donc tous nos patients ont basculé sur la dose haute en étude ouverte, les résultats seront disponibles en mars. Mais il y a aussi des négociations pour la mise en place de nouveaux essais avec AviBioPharma (saut de l’exon 51 avec morpholinos chez des garçons en fauteuil atteints de DMD), ou avec Acceleron (anticorps anti-myostatine chez patients atteints de DMD et FSH), entre autres.
Pensez-vous que les résultats du Téléthon 2009 vont avoir des répercussions sur les projets développés à l’Institut ?
Je crois tout d’abord, et c’est mon opinion personnelle, que le Téléthon 2009 a été un grand succès étant données les conditions générales, la crise économique et aussi la polémique. Je ne suis pas sûr que cela ait vraiment eu un impact sur l’AIM, même si le soutien de base de l’AFM est essentiel, et en ce qui concerne les unités de recherche nous avons aussi quelques autres sources de financement ; quoi qu’il en soit, la décision de financement des projets revient au conseil d’administration de l’AFM.
Donc, pour 2010…
Le projet global de l’Institut est bien parti, il faudra maintenant, comme toujours lorsqu’on s’inscrit dans une dynamique de croissance, trouver les bons équilibres tant scientifiques que relationnels. J’espère qu’on pourra continuer dans cette direction et notamment qu’on continuera à développer des innovations comme nous l’avons fait l’an dernier. Pour faire de l’innovation, il faut des têtes très particulières… On en a, mais il faut les mettre dans le bon environnement et il nous reste là des choses à faire !
Enfin, je voudrais dire que les collaborations avec les bras armés de l’AFM, Généthon et Istem, ainsi qu’avec Nantes et Marseille notamment, se sont intensifiées et sont devenues plus solides et ont fourni de nombreux résultats très positifs. Qu’une telle collaboration en toute confidentialité et en toute sérénité puisse si bien marcher, cela fait vraiment plaisir !
Janvier 2010
Propos recueillis par Anne Berthomier