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Karim Wahbi

Karim Wahbi
Les enfants atteints de la dystrophie musculaire de Duchenne (DMD) bénéficient désormais d’un nouveau traitement à l’efficacité prouvée : le périndopril. Une étude de suivi à 10 ans soutenue par l’AFM et menée par les Pr Denis Duboc (hôpital Cochin) et Henri-Marc Bécane (Institut de Myologie) montre qu’il diminue la mortalité. Le Dr Karim Wahbi, co-auteur et cardiologue à l’hôpital Cochin et à l’Institut de Myologie raconte.
 
 
Le périndopril est un antihypertenseur utilisé chez l’adulte pour traiter l’insuffisance cardiaque. Comment vous est venue l’idée de tester son efficacité sur la protection de la fonction cardiaque des enfants DMD ?
 
Le périndopril fait partie d’une famille de médicaments appelés “inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine” (IEC). Il est déjà utilisé chez des adolescents DMD ayant une insuffisance cardiaque. Mais il a été montré sur un modèle animal de la DMD que les IEC avaient un effet protecteur sur le coeur. Non seulement ils traitent l’insuffisance cardiaque mais ils en préviennent le développement. On a donc eu l’idée de tester l’effet du périndopril chez des enfants de plus de 10 ans qui avaient une fonction cardiaque préservée, pour voir si cela leur permettait de maintenir leur c½ur en bon état plus longtemps. Et c’est ce que l’on a observé. Après 5 ans, l'effet devient significatif. La mesure de la fonction cardiaque (précisément la fraction d’éjection ventriculaire gauche) était meilleure chez les adolescents traités dès le début de l'étude par le produit actif, comparés à ceux qui avaient reçu initialement un placebo, c’est-à-dire une substance inactive.
Les résultats de cette nouvelle étude montrent une diminution de la mortalité. Que vont changer ces résultats en pratique ?
 
On a en effet poursuivi l’étude périndopril 5 ans supplémentaires. Les résultats à 10 ans montrent que le traitement a des effets bénéfiques à long terme. Le taux de survie est meilleur chez les enfants traités pendant 10 ans (92,9%) que ceux traités pendant 7 ans (65,5%). Cela confirme l’intérêt de traiter tous les enfants DMD par périndopril dès l'âge de 10 ans, comme cela est recommandé en France depuis les résultats de la première étude. D’autres études avaient montré un bénéfice de cette classe thérapeutique sur les muscles respiratoires, ce qui peut expliquer une partie de l’effet observé. De plus, une étude menée sur l’animal suggère que ce médicament agirait sur la fibrose, un processus de cicatrisation qui s’avère plutôt mauvais sur la fonction musculaire et qui démarre assez jeune chez les enfants DMD. Du coup, on peut imaginer que le périndopril, démarré très tôt, avant le début de la fibrose, pourrait préserver davantage la fonction musculaire.
 
 
Allez-vous mener un essai pour vérifier l’efficacité du périndopril chez des enfants plus jeunes ?
 
Oui, l’essai va débuter en janvier 2008. Il sera proposé aux familles ayant des enfants âgés de 4 à 7 ans et présentant un certain nombre de critères. Il durera 2 ans et concernera au moins 40 patients, dont la moitié seulement sera traitée au début par placebo, puis par périndopril si le médicament s’avérait efficace rapidement. On espère évidemment que ce sera le cas. En attendant, même si les résultats de cette troisième étude s’avéraient décevants, les progrès permis par ce médicament chez les enfants de 10 ans sont déjà considérables. Par ailleurs, d’autres pistes sont explorées, et notamment les bêta-bloquants, d’autres médicaments anti-hypertenseurs pour lesquels un autre essai va être lancé (cf compte rendu de l'atelier cardiologie des 1ères Journées de Recherche Clinique).
 
Propos recueillis par Adélaïde Robert-Géraudel
 
> Lire le communiqué de presse.