Que pensez-vous des résultats des essais cliniques présentés durant la dernière journée consacrée aux thérapeutiques?
Il y a effectivement plusieurs essais thérapeutiques en cours dont on commence à voir les avancées mais malheureusement, les progrès restent encore assez limités à cause des réglementations et des procédures administratives qui sont très lourdes. Par exemple, pour l'essai dans la gamma-sarcoglycanopathie, on a mis un an pour faire le test chez seulement 3 patients. De plus, la production d'AAV en grande échelle limite également l'accélération vers le médicament. En même temps, en tant que médecin, je pense qu'il ne faut pas se précipiter vers la clinique quand on n'a pas effectué toutes les étapes précliniques nécessaires à la sécurité du patient. Par exemple, en ce qui concerne les morpholinos ou les 2’Ométhyl phosphorothioates pour la stratégie de saut d'exon, il serait intéressant de comprendre ce que deviennent ces molécules avec le temps une fois qu'elles sont intégrées dans la cellule. Puisqu'elles sont faites pour ne pas être dégradées, on pourrait craindre une accumulation toxique de ces composés et les études précliniques sur souris ou sur culture cellulaires ne me semblent pas suffisantes pour étudier cela. D'où l'importance de faire des recherches précliniques sur le gros animal.
Justement, on a pu voir au congrès qu'il y avait de plus en plus d'études sur des chiens.
Oui, les chiens représentent des meilleurs modèles des maladies neuromusculaires pour les recherches précliniques. Il faut cependant être prudent concernant les chiens GRMD (modèle canin de la dystrophie musculaire de Duchenne) dont le phénotype est très variable d'un chien à l'autre. En ce sens, la présentation de la Professeur Zatz (Brésil) était très intéressante et équilibrée. Elle nous a montré un chien GRMD qui allait très bien sur le plan clinique alors que le marquage à la dystrophine était négatif. D'autre part, il serait intéressant de plus d'étudier davantage la biodistribution des produits thérapeutiques (morpholinos, 2’Ométhyl phosphorothioates, AAV, …) chez le chien afin de mieux comprendre la variabilité de transduction qu'on observe suivant les muscles. Toutes ces recherches qui peuvent paraître parfois trop compliquées à mettre en place sont l'assurance d'un risque minimum pour le futur patient à traiter.
Que pensez-vous de l'essai avec le PTC124 dans la dystrophie musculaire de Duchenne?
D'après moi, le PTC124 a un très fort potentiel parce que justement il n'a pas d'effets secondaires indésirables et vu les doses utilisées chez l'homme, c'est un atout très important. Les résultats préliminaires de l'essai de phase II sont encourageants. Il faut bien se rendre compte que si le traitement améliore ne serait ce que de 10 ou 20% la situation des patients, c'est déjà beaucoup. Surtout que ces patients ne seront pas ciblés à présent par la méthode du saut d'exon. Maintenant, il faut effecteur un grand essai international pour s'assurer de l'efficacité du PTC124. L'essai devrait être lancé en décembre 2007. Le recrutement des centres est en cours.
Le PTC124 a aussi l'avantage d'être potentiellement utilisable dans d'autres maladies neuromusculaires comme les mérosinopathies ou les collagénopathies. Nous avons d'ailleurs lancé une collaboration avec PTC Therapeutics pour tester leur médicament sur d'autres pathologies.
Enfin, il est intéressant de noter que la réponse au PTC124 était variable d'un patient à l'autre et ce indépendamment du type de mutation. Ces données pourront nous faire découvrir de nouvelles choses sur le fonctionnement du complexe splicéosomal.