Mode non-voyant cliquez ici
 

Isabelle Richard

Décembre 2005 : Isabelle Richard et les calpaïnopathies : une longue histoire...

Isabelle Richard
 Isabelle Richard
La réussite d’une thérapie génique chez un modèle murin de la dystrophie musculaire des ceintures de type 2A (aussi appelée calpaïnopathie) vient d’être publiée par une équipe de chercheurs de Généthon, animée par Isabelle Richard.
Depuis ses débuts, en 1991,  comme doctorante à Généthon, Isabelle Richard a porté la problématique de recherche des calpaïnopathies comme le montrent les dates-clés sur cette pathologie.
> 1991 : Localisation du gène LGMD2A par Généthon
> 1995 : Identification du gène de la calpaïne 3 par Généthon
> 1999 : Réalisation du modèle animal déficient en calpaïne 3 par Généthon
> 2005 : Réussite de la thérapie génique chez la souris par Généthon
 
Retour sur un parcours sans fausse note d’une chercheuse impliquée et motivée.
 
Quel a été votre parcours professionnel ?
J’ai travaillé au sein de Généthon depuis sa création en 1991. J’y ai d’abord effectué ma thèse en génétique humaine dans l’équipe de Jacques Beckman. J’ai ensuite passé le concours de chercheur au CNRS tout en restant à Généthon. A l’époque, nous travaillions sur la localisation génétique de plusieurs myopathies des ceintures qui a permis de localiser le gène de la calpaïne 3. Au départ de Jacques Beckman, j’ai pris la direction de l’équipe.
Mon parcours professionnel a suivi naturellement l’évolution de Généthon : d’abord l’identification des gènes et l’étude du rôle des protéines impliquées dans les myopathies des ceintures ; la recherche de modèles animaux et enfin le transfert de gènes sur ces modèles animaux.
Le fait de travailler à Généthon nous a permis d’appliquer rapidement les résultats/ avancées du laboratoire à notre propre problématique de recherche.
 

Aujourd’hui, en quoi consiste votre travail et celui de votre équipe?
Je suis responsable d’une équipe de 14 personnes (Génétnon/CNRS UMR 8115) qui travaillent sur les dystrophies musculaires des ceintures (LGMD pour limb girdle muscular dystrophy). Sur les dix LGMD autosomiques récessives, nous étudions les formes les plus fréquentes : la LGMD2A (calpaïnopathie), les sarcoglycanopathies, la LGMD2B (dysferlinopathie) et plus récemment la LGMD2I (déficit en FKRP). Notre objectif est de développer des solutions thérapeutiques pour ces maladies. Dans ce but, nous élaborons nos recherches autour de deux thématiques : 
- comprendre le fonctionnement des protéines afin de développer des approches pharmacologiques ;
- effectuer le transfert de gène dans des modèles animaux (thérapie génique).
En parallèle, nous avons lancé en 2005 un programme de cartographie des protéines de la cellule musculaire et de leurs interactions. Ce programme financé par l’AFM permettra d’approfondir les connaissances fondamentales sur le muscle et de développer de nouvelles pistes thérapeutiques. Il s’appuie sur les outils technologiques de pointe développés par la société Hybrigenics.
Votre équipe a démontré récemment le succès d’une thérapie génique chez la souris modèle de LGMD2A. Expliquez-nous vos résultats ?
La LGMD2A est l’une des plus fréquentes formes de dystrophies des ceintures. Elle est due à un déficit en calpaïne 3, protéine exprimée principalement dans le muscle.
Le but de nos travaux était de démontrer la tolérance et l’efficacité du transfert de gène de la calpaïne 3 chez des modèles murins de la LGMD2A. Pour cela, nous avons utilisé un vecteur de type AAV (adeno-associated virus) pour transférer le gène sain de la calpaïne 3 dans le muscle : soit par injection intramusculaire dans le tibialis antérieur, soit par injection intra-artérielle afin d’atteindre l’ensemble des muscles des souris. Les résultats de notre essai ont été prometteurs :
- efficacité du transfert du virus ;
- expression forte et stable de la calpaïne 3 au « bon » endroit dans la cellule (dans les sarcomères) ;
- restauration de la fonction protéolytique de la calpaïne 3 ;
- pas de toxicité apparente (intégrité des sarcomères) ;
- amélioration notable des données histologiques et physiologiques, notamment une correction de l’atrophie musculaire et une augmentation de la masse et de la force musculaires.
Pour nous, il était très important de valider ces différents points (en particulier la fonctionnalité de la nouvelle calpaïne 3) pour montrer que la thérapie était réellement efficace.
> Lire le résumé en anglais de la publication : Bartoli et coll. Molecular Therapy, 2005.
Marquage Calpaïne
 
Quelles sont les prochaines étapes?
A l’issue de ces résultats, nous avons commencé à mettre en place un essai de phase I sur l’Homme, dont le but sera d’étudier la tolérance de l’injection intramusculaire. Nous identifions les deux étapes suivantes :
1 - Développer un produit thérapeutique d’une qualité suffisante et respectant les normes de fiabilité et de non toxicité afin de pouvoir l’injecter chez l’homme dans le cadre d’essai de phase I.
Ce travail est réalisé, en partie, au sein de Généthon au niveau de deux départements : le département de développement dirigé par Otto Merten et le département production et contrôle dirigé par Patricia Noguiez à Généthon. Ce dernier département est le premier laboratoire en France à recevoir cette année la labellisation BPF (Bonnes Pratiques de Fabrication) délivrée par l’Afssaps pour la production de vecteurs AAV.
2- Préparer les dossiers administratifs en prévision de l’essai clinique. Les différentes agences réglementaires demandent/exigent des études précises en termes de toxicité. Par exemple, nous devons démontrer que 3 mois après son injection, le gène médicament ne produit pas d’effets nocifs chez une souris saine.
Dans le même temps, nous allons déposer une demande auprès de l’Agence européenne du médicament (EMEA) pour obtenir l’appellation de médicament orphelin.
Nous sommes aidés dans ces démarches juridiques par notre département des affaires réglementaires.
 
Quand  pensez-vous que l’essai clinique va démarrer ?
Pour cet essai, Généthon est le promoteur, mais l’investigateur principal n’est pas encore identifié.
A priori, cet essai pourrait se dérouler, en partie, à l’Institut de Myologie, comme c’est le cas de l’étude de l’histoire naturelle des calpaïnopathies. Cette étude démarrée en 2004 (jusqu’à fin 2006) va permettre de rechercher les critères d'évaluation cliniques et para-cliniques pour de futurs essais thérapeutiques. Environ une centaine de patients sont suivis pendant 2 ans, dont une vingtaine à l’Institut de Myologie, les deux autres centres sont : San Sebastian et Saint-Pierre de la Réunion.
Donc si toutes les étapes se passent comme nous le souhaitons, la phase I de tolérance chez l’homme débutera au plus tôt en 2007.