Quel a été votre parcours
professionnel ?
J’ai travaillé au sein de Généthon depuis sa
création en 1991. J’y ai d’abord effectué ma thèse en génétique humaine dans
l’équipe de Jacques Beckman. J’ai ensuite passé le concours de chercheur au CNRS
tout en restant à Généthon. A l’époque, nous travaillions sur la localisation
génétique de plusieurs myopathies des ceintures qui a permis de localiser le
gène de la calpaïne 3. Au départ de Jacques Beckman, j’ai pris la direction de
l’équipe.
Mon parcours professionnel a suivi naturellement l’évolution de
Généthon : d’abord l’identification des gènes et l’étude du rôle des protéines
impliquées dans les myopathies des ceintures ; la recherche de modèles animaux
et enfin le transfert de gènes sur ces modèles animaux.
Le fait de
travailler à Généthon nous a permis d’appliquer rapidement les résultats/
avancées du laboratoire à notre propre problématique de recherche.
Aujourd’hui, en quoi consiste votre travail
et celui de votre équipe? Je suis responsable d’une équipe
de 14 personnes (
Génétnon/CNRS
UMR 8115) qui travaillent sur les dystrophies musculaires des ceintures
(LGMD pour limb girdle muscular dystrophy). Sur les dix LGMD autosomiques
récessives, nous étudions les formes les plus fréquentes : la
LGMD2A
(calpaïnopathie), les
sarcoglycanopathies,
la
LGMD2B
(dysferlinopathie) et plus récemment la
LGMD2I
(déficit en FKRP). Notre objectif est de développer des solutions
thérapeutiques pour ces maladies. Dans ce but, nous élaborons nos recherches
autour de deux thématiques :
- comprendre le fonctionnement des
protéines afin de développer des approches pharmacologiques
;
- effectuer le transfert de gène dans des modèles animaux (thérapie
génique).
En parallèle, nous avons lancé en 2005 un programme de cartographie
des protéines de la cellule musculaire et de leurs interactions. Ce programme
financé par l’AFM permettra d’approfondir les connaissances fondamentales sur le
muscle et de développer de nouvelles pistes thérapeutiques. Il s’appuie sur les
outils technologiques de pointe développés par la
société Hybrigenics.

Quelles sont les prochaines
étapes?A l’issue de ces résultats, nous avons commencé à
mettre en place un essai de phase I sur l’Homme, dont le but sera d’étudier la
tolérance de l’injection intramusculaire. Nous identifions les deux étapes
suivantes :
1 - Développer un produit thérapeutique d’une qualité suffisante
et respectant les normes de fiabilité et de non toxicité afin de pouvoir
l’injecter chez l’homme dans le cadre d’essai de phase I.
Ce travail est
réalisé, en partie, au sein de Généthon au niveau de deux départements : le
département
de développement dirigé par Otto Merten et le
département
production et contrôle dirigé par Patricia Noguiez à Généthon. Ce dernier
département est le premier laboratoire en France à recevoir cette année la
labellisation BPF (Bonnes Pratiques de Fabrication) délivrée par l’Afssaps pour
la production de vecteurs AAV.
2- Préparer les dossiers administratifs en
prévision de l’essai clinique. Les différentes agences réglementaires
demandent/exigent des études précises en termes de toxicité. Par exemple, nous
devons démontrer que 3 mois après son injection, le gène médicament ne produit
pas d’effets nocifs chez une souris saine.
Dans le même temps, nous allons
déposer une demande auprès de l’Agence européenne du médicament (EMEA) pour
obtenir l’appellation de médicament orphelin.
Nous sommes aidés dans ces
démarches juridiques par notre
département
des affaires réglementaires.
Quand pensez-vous que l’essai clinique va
démarrer ?
Pour cet essai, Généthon est le promoteur, mais
l’investigateur principal n’est pas encore identifié.
A priori, cet essai
pourrait se dérouler, en partie, à l’Institut de Myologie, comme c’est le cas de
l’étude
de l’histoire naturelle des calpaïnopathies. Cette étude démarrée en 2004
(jusqu’à fin 2006) va permettre de rechercher les critères d'évaluation
cliniques et para-cliniques pour de futurs essais thérapeutiques. Environ une
centaine de patients sont suivis pendant 2 ans, dont une vingtaine à l’Institut
de Myologie, les deux autres centres sont : San Sebastian et Saint-Pierre de la
Réunion.
Donc si toutes les étapes se passent comme nous le souhaitons, la
phase I de tolérance chez l’homme débutera au plus tôt en 2007.