Le protocole Myotools a été lancé lors du dernier Téléthon. Neuf mois plus tard, où en est-il ?
Il avance correctement : près de 200 personnes ont déjà participé au protocole, deux tiers de femmes et un tiers d’hommes, qui appartiennent à toutes les classes d’âge, surtout entre 20 et 50 ans. Si la tranche d’âge 25-30 ans pour les femmes est déjà complète, nous attendons des volontaires de toutes les autres tranches, et en particulier des enfants de 5 à 15 ans et des adultes de plus de 50 ans.
Du point de vue technique, tout se déroule-t-il comme prévu ?
Nous mesurons la force de cinq fonctions sur chaque sujet, à droite et à gauche. Les mesures portent sur la préhension (« serrage » de la main), la flexion/extension du poignet et la flexion/extension de la cheville. Certains sujets reviennent quelques jours plus tard faire une deuxième série de mesures, pour en évaluer la reproductibilité. Nous avons constaté que les gens n’ont pas l’habitude de faire des efforts statiques, sauf pour la préhension. Les appareils présentent la sensibilité et la précision voulues. Ils se comportent de façon très satisfaisante dans le temps.
De grandes tendances se dessinent-elles déjà ?
En théorie, nous ne pouvons pas commencer à examiner les données tant que le protocole n’est pas terminé. Cela dit, il est toujours frappant de voir l’évolution de la force au cours de la vie : si, pendant l’enfance la force est comparable chez les garçons et les filles, à l’adolescence on constate une dissociation des deux sexes en terme de force. Enfin, au-delà de 60 ans, la force décroit parallèlement chez les femmes et les hommes.
D’autre part, la mesure de la préhension réalisée par la poignée hand-grip est la plus reproductible et la plus sensible. Une fonction semble moins reproductible que les autres: l'extension de la cheville. C'est une fonction extrêmement forte (parfois plus de 100 kg pour une seule jambe!) que les personnes n'ont pas l'habitude de réaliser de façon statique.
Et ensuite ?
Notre objectif est de développer des modèles très complets permettant d'estimer une force théorique ou prédite en fonction du sexe du sujet, de son poids, de sa taille, de son âge, de la circonférence de son avant-bras ou mollet... Lorsqu'un patient réalisera une mesure de force, il sera possible de calculer sa force théorique et de le situer par rapport à ce qu'il aurait probablement réalisé s'il n'avait pas été malade. Ceci nous permettra d'améliorer le suivi des patients, notamment dans le cadre des essais thérapeutiques. D’ailleurs les outils testés ici sont le plus souvent des prototypes développés à la demande de cliniciens, pour différents essais cliniques. A la fin de l’étude, les résultats seront diffusés au sein de la communauté médico-scientifique via des communications à des colloques et des articles.
Il sera également envisageable d’utiliser, à terme, ces outils pour suivre la rééducation post-traumatique de la main, du poignet ou de la cheville.