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Serge Braun

Depuis 1988, l’AFM a soutenu 1 300 jeunes chercheurs à travers 2 000 aides aux études, tout d’abord sous forme de bourses et, depuis 2004, en leur proposant des contrats à durée déterminée (CDD).
 
Serge Braun, directeur scientifique de l’AFM, fait un point sur la politique de l’association menée en direction de ces scientifiques en devenir.
Pourquoi l’AFM soutient-elle depuis 1988 de jeunes chercheurs au lieu de limiter ses financements à des chercheurs plus aguerris ?
 
Si on veut attirer puis fidéliser des scientifiques à nos pathologies, il faut commencer à la source, c’est-à-dire quand ils sont étudiants en thèse puis lors de leur post-doctorat. En procédant de la sorte, nous contribuons à ce que suffisamment de personnes travaillent sur ces thèmes multipliant ainsi les chances de voir aboutir les recherches. Enfin, les jeunes chercheurs sont par essence porteurs de nouvelles idées ; c’est donc une source de forces vives qu’il est important de soutenir.
 
 
Pour quelle raison, depuis 2004, les aides aux études proposées par l’AFM aux jeunes chercheurs ne sont plus uniquement sous forme de libéralités, c’est-à-dire de bourses, mais sous forme de contrats à durée déterminée (CDD) ?
 
En 2004, l’AFM a adhéré au dispositif du ministère de la Recherche qui consiste à transformer les libéralités pour les aides aux études attribuées aux étudiants en thèse, en contrats à durée déterminée. En 2005, nous avons décidé de faire de même pour les post-doctorants. Ces évolutions nous ont permis d’être plus “attrayants” aux yeux des jeunes chercheurs, mais ce n’est pas la seule raison. En effet, avec les libéralités, les gens ne bénéficient d’aucun statut et ne cotisent ni pour la sécurité sociale, ni pour la retraite. Les CDD sont une reconnaissance de leur travail et leur donnent un statut décent leur permettant par exemple d’accéder aux prestations sociales ou de faciliter la location d’un logement. Il n’est donc pas question de remettre en cause cette véritable avancée. De fait, l’Etat vient d’interdire les libéralités.
 
 
Tout cela a un coût.
 
C’est indéniable. Ainsi, pour les post-doctorants, le coût est passé d’environ 18 000 euros par an et par bourse à environ 40 000 euros pour les CDD de niveau 1 et à approximativement 50 000 euros pour les CDD de niveaux 2 ; le tout sans aide de l’Etat. En revanche, pour les étudiants en thèse, l’association assume les salaires et les charges sociales salariales, tandis que le ministère paye les charges patronales. La différence de coût entre l’ancien système des libéralités et les actuels CDD est donc moins importante.
 
 
Ce dispositif d’aides publiques ne pourrait-il pas être appliqué aux post-doctorants ?
 
Depuis 2005, à l’initiative de Sidaction, l'AFM et d’autres associations comme la Fondation pour la recherche médicale (FRM), l'Association pour la recherche sur le cancer (ARC), la Ligue contre le cancer et la Fondation de France, ont engagé des négociations avec l’Etat dans ce sens. Les premières réunions laissaient penser à une issue positive. Or, très récemment, la tendance s’est inversée. L’Etat estime qu’il n’a pas à aider les associations dans le financement des post-doctorants car il soutient suffisamment ces derniers notamment au travers des CDD mis en place par l’Agence nationale de la recherche (ANR). Ceci est en partie vrai. Le problème est que l’ANR n’a pas vocation à concentrer ses financements sur les maladies rares. En outre, le financement des jeunes chercheurs va encore s’aggraver puisque l’Etat a laissé entendre, qu’à partir de 2008, il ne payerait plus les charges patronales des étudiants en thèse soutenus par les associations.
 
 
Quelles vont être les conséquences d’un tel changement ?
 
L’équation est simple : à budget global égal, nous financerons moins de jeunes chercheurs. Cela signifie a priori que moins de personnes travailleront sur nos pathologies. Plus largement, si le nombre de contrats financés par les associations diminue, on peut craindre que faute d’offres suffisantes, les scientifiques aillent exercer leurs talents ailleurs. A l’heure où l’on s’inquiète de la fuite des cerveaux, ces mesures semblent être un non-sens.
 
 
De fait, que va faire l’AFM ?
 
Avec les autres associations, nous venons de solliciter par courrier un rendez-vous au ministère de la Recherche. Nous allons tenter d’infléchir la position du gouvernement, mais, pour l’instant nous sommes très inquiets.
 
Propos recueillis par Françoise Dupuy-Maury