Au cours du colloque sur les obstacles au développement de thérapeutiques pour les MNM rares, le Dr Petra Kaufmann MD, MSC, co-directrice du Centre de recherche clinique SMA de Columbia University, qui présentait une communication (lire), a accepté de répondre à nos questions sur les essais cliniques.
Quelles sont les principales difficultés rencon trée dans la préparation d’un essai clinique dans le cadre d’une maladie rare comme les maladies neuromusculaires ?
Il y a d’abord le petit nombre de patients concernés : il faut les sensibiliser à l’importance de participer à un essai clinique car si le nombre est insuffisant, l’exploitation statistique est difficile. De plus, il faut faire en sorte que leur participation leur prenne le moins de temps possible, qu’elle leur coûte le minimum d’effort (limiter les déplacements, les longueurs de consultation) et qu’elle soit évidemment prise en charge financièrement (transport et hébergement).
Comment décider des critères d’exclusion ?
Les critères d’exclusion sont à choisir avec soin, de même que les critères d’évaluation. D’un côté on sélectionne les patients de façon large pour pouvoir ensuite généraliser les résultats et pour pouvoir recruter les participants plus rapidement. D’autre côté on choisit les critères d’exclusion de manière à obtenir une population relativement homogène et comparable. Par contre, si les critères sont trop restrictifs, il est difficile d’obtenir un nombre suffisant de participants.
Pourquoi les essais thérapeutiques sont-ils fait contre placebo ?
A moins que l’on connaisse parfaitement l’histoire naturelle de la maladie, c’est-à-dire son évolution en l’absence de traitement, il faut pouvoir comparer l’évolution de la pathologie dans un groupe qui bénéficie des autres prises en charges (kinésithérapie etc.) mais pas du nouveau médicament testé. Sinon, on pourrait manquer un « petit effet » qui ferait la différence.
Les patients sous placebo sont-ils au courant qu’ils reçoivent le placebo ?
Non, le patient est averti au début de l’essai qu’il est susceptible de recevoir le placebo mais il ne le découvre qu’à la fin. Évidemment, c’est très difficile de faire comprendre à un patient qu’il va peut-être recevoir le placebo et non la molécule active. Mais d’un autre côté, il faut aussi qu’il comprenne le revers de la médaille. S’il reçoit la molécule active, il prend le risque qu’elle ne soit pas efficace et qu’elle provoque plutôt des effets indésirables gênants. Par ailleurs, dès qu’un bénéfice apparaît clairement, on supprime le groupe placebo et l’on inclut d’avantage de patients dans le groupe test. A l’inverse, si la molécule active tiens plus d’effets néfastes que le placebo, on arrête l’essai.