Dr Y. Fromes
Les dystrophies musculaires sont
responsables d’altérations majeures aussi bien au niveau des muscles
squelettiques qu’au niveau du muscle cardiaque. Des modifications cardiaques
peuvent être observées sur le plan électrocardiographique (anomalies de
l’excitabilité ou de la conduction), comme sur le plan hémodynamique
(insuffisance cardiaque). L’incidence d’une atteinte du muscle cardiaque est
très élevée, ainsi le dépistage d’une atteinte cardiaque au cours d’une
myopathie devrait donc faire systématiquement partie du bilan de la maladie. Un
traitement symptomatique de la maladie cardiaque devrait ainsi pouvoir être mis
en place le plus précocement possible. Malheureusement, à ce jour aucun
traitement réellement curatif n’est encore disponible.
Nos efforts de recherche afin de définir une stratégie thérapeutique efficace
ont d’abord porté sur la physiopathologie de l’atteinte cardiaque. Le hamster
myopathe CHF147, déficient en delta-sarcoglycane, représente un modèle animal
précieux, car développant une cardiomyopathie progressant rapidement vers
l’insuffisance cardiaque. Au terme d’un certain degré d’extension de toute
atteinte du muscle cardiaque s’installe un syndrome clinique, décrit sous le
terme d’insuffisance cardiaque et évoluant de façon autonome et inéluctable vers
son aggravation et la défaillance cardiaque terminale. Le syndrome
d’insuffisance cardiaque peut se définir du point de vue hémodynamique comme
l’incompétence du cœur à assurer un débit de perfusion couvrant les besoins de
l’organisme. À ce stade d’avancement de la maladie, on peut considérer que
s’installe une deuxième pathologie indépendante de l’origine génétique initiale.
L’atteinte cardiaque présente certaines spécificités sur le plan cellulaire,
en particulier l’absence de cellules satellites est à mettre en parallèle avec
la faible capacité régénératrice du myocarde. Ainsi, la mort des cellules
musculaires cardiaques aboutit à une cicatrice fibreuse non contractile,
amputant d’autant la capacité contractile du myocarde. Un essai thérapeutique de
transfert de myoblastes dans le cœur de hamsters CHF147, arrivés à un stade de
cardiopathie dilatée sans décompensation de leur insuffisance cardiaque, a été
réalisé en collaboration avec J. Pouly et J.T. Vilquin. Le bénéfice
thérapeutique a été limité par la survie restreinte des cellules musculaires et
surtout par le défaut d’intégration de ces cellules dans le tissu myocardique.
D’autres voies thérapeutiques ont été évaluées en parallèle.
L’introduction du gène normal à un stade précoce de la maladie reste une voie
de recherche importante afin de prévenir l’apparition des lésions musculaires
cardiaques. À un stade plus avancé, le seul traitement de la cause
génétique originelle ne sera plus suffisant, et il faudra également prendre en
charge l’insuffisance cardiaque. Un essai thérapeutique sur des hamsters CHF147
insuffisants cardiaques a été tenté afin d’induire une compensation
hypertrophique visant à retarder la perte de cardiocytes et donc l’amincissement
des parois des cavités ventriculaires et ainsi de retarder l’évolution vers une
cardiopathie dilatée. Nous avons eu recours à l’administration systémique de
faibles doses du facteur de croissance IGF-1. Ce traitement à visée musculaire
cardiaque a permis de préserver en partie le myocarde en l’absence de correction
du défaut génétique initial, avec en particulier un degré de fibrose moins élevé
(figure 1).
Figure 1 : Par rapport aux hamsters syriens sains (A), les
hamsters CHF147 (B) présentent un amincissement des parois cardiaques avec
fibrose marquée. Le traitement par injection d’IGF-1 (C) permet de limiter
l’apparition des lésions morphologiques.
De plus, nous avons pu mettre en évidence la conservation d’une large partie
des capacités contractiles d’un muscle cardiaque. L’administration systémique
d’un facteur de croissance par voie systémique peut provoquer des effets
secondaires extra-cardiaques. Cela nous a amené à envisager un essai
thérapeutique basé sur le transfert de gène intracardiaque d’IGF-1. Nos
résultats ont pu montrer qu’il est possible d’obtenir des effets bénéfiques
comparables par cette approche (figure 2).
Figure 2 : Le transfert du gène IGF-1 dans le muscle
cardiaque permet d’induire des modifications fonctionnelles. Par rapport aux
hamsters syriens sains (A), les hamsters CHF147 (B) présentent une
hypocontractilité importante. Le traitement par injection d’un plasmide codant
pour l’IGF-1(C) permet de préserver partiellement la capacité contractile.
Cela montre la faisabilité d’une approche thérapeutique par transfert de gène
dans le cadre des cardiomyopathies et ouvre donc la possibilité de restreindre
spécifiquement les effets d’IGF-1 au niveau du muscle cardiaque.
Références
- Pouly J, Hagege AA, Vilquin JT, Bissery A, Rouche A, Bruneval P, et al..
Does the functional efficacy of skeletal myoblast transplantation extend to
nonischemic cardiomyopathy? Circulation 2004 ;110(12):1626-1631.
- Sérose A, Prudhon B, Salmon A, Doyennette MA, Fiszman MY, Fromes Y.
Administration of insulin-like growth factor-1 (IGF-1) improves both structure
and function of delta-sarcoglycan deficient cardiac muscle in the hamster. Basic
Res Cardiol 2005 ;100(2):161-170.