Il s'agit du développement d'un modèle murin qui mime, pour la première
fois,
l'une des caractéristiques majeures de la cardiomyopathie
hypertrophique familiale humaine. Ce modèle murin à été réalisé par l’équipe de
Lucie Carrier et son équipe au sein de l'Unité Inserm 582. La cardiomyopathie
hypertrophique familiale (CMH) est une maladie cardiaque caractérisée par une
hypertrophie ventriculaire gauche, le plus souvent asymétrique et touchant
préférentiellement le septum interventriculaire (hypertrophie septale
asymétrique). S'ajoutent à cette caractéristique phénotypique majeure, une
désorganisation du tissu myocardiaque et une augmentation de la fibrose
interstitielle dans le tissu cardiaque.
Cette pathologie est transmise selon un mode autosomique dominant et la
majorité des formes "classiques" est associée à plus de 200 mutations
différentes dans 12 gènes codant des protéines sarcomériques, faisant de cette
pathologie une "sarcoméropathie".
Nous avons montré précédemment les
résultats suivants :
i) La protéine C cardiaque, protéine de liaison à la
myosine, est impliquée dans la CMH1.
ii) la majorité des familles présentent une mutation dans le
gène MYBPC3 codant la protéine C cardiaque2.
iii) la plupart des mutations du gène codant la protéine C
cardiaque décalent le cadre de lecture et conduisent à des protéines
tronquées3.
iv) les protéines tronquées sont instables ex vivo4 et dans
le tissu myocardique de patients CMH porteurs d'une mutation qui décale le cadre
de lecture5. Ceci suggère que le mécanisme de l'allèle nul conduisant à
l'haploinsuffisance de protéine C cardiaque est vraisemblablement impliqué dans
la pathogénie de la CMH liée à des mutations MYBPC3.
L'ensemble de ces résultats nous a conduit à développer un modèle murin
déficient en protéine C cardiaque et à analyser les souris hétérozygotes,
possédant un seul allèle fonctionnel, comme modèle d'haploinsuffisance. Ce
modèle a été développé en collaboration avec l'équipe de Ken Chien (UCSD, La
Jolla, CA), par transgénèse ciblée dans les cellules embryonnaires souches. Pour
cela, les exons 1 et 2 contenants le site d'initiation de la transcription du
gène codant la protéine C cardiaque ont été remplacés par le gène de résistance
à la néomycine. Ceci a conduit à l'inactivation transcriptionnelle du gène.
Le phénotype moléculaire, fonctionnel et morphologique a été analysé à
différents stades du développement post-natal chez les souris homozygotes
(déficience complète) et hétérozygotes (déficience partielle).
Nos résultats montrent que l'inactivation d'un ou des deux allèles de la
protéine C cardiaque conduit à des phénotypes cardiaques différents. Les souris
homozygotes n'expriment pas de protéine C cardiaque (Western-blot et
immunohistochimie) et développent une hypertrophie ventriculaire gauche
excentrique (hypertrophie des parois et dilatation de la cavité ventriculaire)
avec diminution de la fraction d'éjection vers 3-4 mois (echocardiographie), et
une dysfonction diastolique après 9 mois (mesures hémodynamiques). Ceci est
associé à une désorganisation des cellules myocardiques et à une augmentation de
la fibrose interstitielle (histologie).
Les souris hétérozygotes (voir résultats dans la figure ci-après), qui ne
possèdent qu'un seul allèle fonctionnel, montrent une diminution faible mais
significative du taux de protéine C cardiaque dans le cœur. Ces souris
développent lentement une hypertrophie ventriculaire modérée détectable
seulement vers l'âge de 10-11 mois. Cette hypertrophie, associée à une
augmentation importante de la fibrose interstitielle, touche principalement le
septum inter-ventriculaire, comme dans la cardiomyopathie hypertrophique
humaine.
Ces résultats montrent que les souris déficientes en protéine C cardiaque à
l'état hétérozygote représentent le première modèle murin mimant une des
caractéristiques majeures de la CMH humaine, qui est l'hypertrophie
ventriculaire asymétrique touchant préférentiellement le septum
interventriculaire.
Les abréviations sont les suivantes : WT, souris sauvages ; HET,
souris hétérozygotes ; cMyBP-C, protéine C cardiaque ; IVSd, septum
interventriculaire en diastole ; PWd, paroi postérieure du ventricule gauche en
diastole ; LVM ; masse du ventricule gauche ; BW, poids corporel.
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