Ce travail a été réalisé par le
Laboratoire de physiologie
neuromusculaireRMN.
Les diminutions progressives et significatives
des concentrations de DHEA (déhydroépiandrostérone) et de son sulfate (S-DHEA)
avec l'âge ont suggéré leur implications dans la survenue de la faiblesse
physique au cours du vieillissement. Plusieurs stratégies peuvent être alors
envisagées afin de déterminer si ces stéroïdes ont un rôle potentiel dans le
processus de vieillissement de la fonction musculaire.
Objectif
L'objectif de cette étude était de
déterminer les effets de l'administration pendant un an, sur une large
population âgée de 60 à 80 ans, d'une dose quotidienne de 50 mg de DHEA,
stéroïde dont la diminution des taux de sécrétion avec l'âge laisse envisager
son implication dans les processus de vieillissement normal et/ou pathologique.
Ce projet a été réalisé dans le cadre du protocole DHEAge. La phase
expérimentale a été conduite en 1998-1999; l'implication du Laboratoire de
Physiologie Neuromusculaire visait spécifiquement à évaluer les effets de la
prise orale de DHEA sur la fonction musculaire dans un but prophylactique.
Les médias, sites Internet et autres parapharmacies
(notamment américaines) ne cessent de vanter les mérites de la DHEA: "Ces
traitements permettent de réduire les tissus adipeux et de raffermir les
muscles." Qu'en est-il vraiment?
Matériels et méthodes
Cette étude multicentrique a été réalisée sur 280
sujets sains âgés de 60 à 80 ans, répartis en deux groupes mixtes pour les tests
sur le membre supérieur et sur 69 sujets féminins âgés de 60 à 70 ans pour les
tests au niveau du membre inférieur. Les mesures ont été effectuées selon un
protocole en double aveugle contre placebo, au début du protocole (M0), après 6
mois (M6) et après un an (M12) de traitement.
Les variables mesurées
bilatéralement ont été:
- la force maximale de préhension,
- la force
maximale des extenseurs et fléchisseurs du genou en régime isométrique et
isocinétique,
- les surfaces de section des loges antérieures et postérieures
de la cuisse déterminées par imagerie scanner,
- des paramètres
électromyographiques.
Des dosages endocriniens ont été réalisés au cours de
l'étude à partir d'échantillons sanguins afin de suivre l'évolution des taux
sériques de différents métabolites: S-DHEA, testostérone, estradiol, IGF-1...
Résultats
Après 6 mois d'administration de DHEA, les niveaux
sanguins de S-DHEA ont augmenté de façon significative pour retrouver des
niveaux observés chez des individus jeunes. Cette augmentation est responsable
chez les femmes d'une élévation significative des taux de testostérone qui n'est
pas reproduite chez les hommes et d'une élévation des taux d'IGF-1 dans les deux
sexes. Malgré ces modifications hormonales et métaboliques, aucune amélioration
de la force de préhensions, de la forces des muscles extenseurs et fléchisseurs
du genou et de la surface de section des muscles correspondants n'a pu être
démontré en réponse au traitement.
Conclusion
En conclusion, une supplémentation de
DHEA à une dose quotidienne de 50 mg n'a aucun effet sur la prévention du
vieillissement du muscle squelettique sur la population considérée, à savoir des
personnes âgées de 60 à 80 ans saines et encore actives. Les conditions dans
lesquelles la DHEA pourrait préserver ou améliorer la force et le volume
musculaire restent toujours à déterminer. Les corrélations existantes entre des
taux plasmatiques bas de DHEA et certains troubles fonctionnels laisse cependant
envisager que les effets potentiels de la DHEA pourraient être démontrés sur des
populations déficitaires (comme par exemple dans le cadre de certaines
myopathies) qui pourraient être plus réceptive à une thérapie hormonale. Les
effets d'une telle thérapie pourraient être par ailleurs renforcés en
association à un programme d'entraînement physique spécifique.
Références
Percheron G, Hogrel J-Y, Denot-Ledunois S, Fayet G, Forette F, Baulieu EE,
Fardeau M and Marini J-F. Effect of 1-year oral administration of
dehydroepiandrosterone to 60- to 80-year-old individuals on muscle function and
cross-sectional area: a double-blind placebo-controlled trial. Arch Intern Med,
2003, 163:720-727.