L'essai a été conduit par M. Fardeau et S. Herson comme investigateurs
principaux, avec l'active collaboration de S. Braun de la société Transgène qui
en a assuré la promotion. Cet essai, de phase I, a été accepté par les
différents Comités réglementaires en Juillet 2000.
Son objectif était de
tester la tolérance et d'apprécier l'efficacité de l'administration
intramusculaire d'un plasmide contenant le gène entier de la dystrophyne
humaine, sous promoteur CMV, plasmide préparée par Transgène. Les essais
précliniques réalisés par l'équipe de S. Braun à Transgène avaient montré chez
la Souris mdx et chez le Chien GMRD une bonne tolérance et une efficacité
significative
L'essai a comporté l'inclusion séquentielle de neuf patients, parfaitement
caractérisés au point de vue clinique, cartographiés en génétique moléculaire,
de façon à ce que la délétion du gène dystrophine permette l'utilisation d'au
moins un anticorps permettant la reconnaissance du segment de dystrophine délété
(anticorps fourni par Glenn Morris). Les patients ont été hospitalisés et suivis
dans le service de médecine interne du Professeur Herson à la Salpêtrière, dans
les chambres aménagées à cet effet.
Trois cohortes de trois patients ont été
traitées :
- 1ère cohorte : injection unique de 200 µg
- 2ème cohorte :
injection unique de 600 µg
- 3ème cohorte : deux injections, à 15 jours
d'intervalle, de 600 µg
Les injections ont été effectuées au bloc opératoire
du pavillon Babinski dans le service de neurochirurgie (Dr A-L. Boch, M.
Fardeau) sous contrôle de la vue pour les injections uniques ou la 1ère
injection de la cohorte 3, sous contrôle EMG de l'insertion de l'aiguille dans
le tissu musculaire pour la 2ème injection de la 3ème cohorte (voir photo).
Injection intramusculaire D 14 (Cohorts 3)
Le prélèvement du segment musculaire injecté a été effectué à J21 dans tous
les cas.
Les fragments prélevés dans les meilleures
conditions opératoires ont été débités en coupes sériées, pour analyse
histologique, immunocytochimique (Dr N. Romero, M. Fardeau) et immunochimique
(Dr F. Leturcq, J-C. Kaplan)L'étude des réactions immunologiques sériques et
cellulaires ont été effectuées entre J2 et J90 (Pr. J.G. Guillet, C.
Thioudellet, S. Braun)
Les patients ont été soumis à une
surveillance clinique et biologique rigoureuse pour tester la tolérance du
produit pendant cette période.
L'essai a mobilisé 40 acteurs
différents. Un comité de pilotage s'est réuni après l'obtention des premiers
résultats pour chaque patient, avant l'inclusion du suivant. L'essai s'est
déroulé sur deux ans.
Les résultats ont été les suivants :
1 -
Le plasmide a été retrouvé de façon constante dans les prélèvements musculaires
effectués chez les neuf patients,
2 - Une expression de la
dystrophine, à l'aide d'anticorps dirigés contre le segment délété de la
protéine, a été retrouvée 6 fois sur 9.
L'expression est variable et
généralement faible : sur 3 des 6 patients des deux premières cohortes, 1 à 7%
des fibres musculaires montrant un marquage sarcolemmique complet ; 3,5 à 26%
des fibres montrant un marquage partiel. Dans la 3ème cohorte, les 3
prélèvements montraient des fibres marquées (voir photo) 1 à 5,5% des fibres
marquées sur toute leur périphérie, 6 à 8% des fibres marquées seulement
partiellement.Ces données ont été corroborées par la détection du messager
correspondant à la distrophyne exprimée dans 5 sur 6 des biopsies à l'aide d'une
technique de PCR " nichée ".
3- Il n'y a eu aucun effet secondaire indésirable, l'état local et général
des patients restant excellent.
4- Aucune réaction immunitaire
adverse n'a été détectée, au plan sérique comme au plan cellulaire, contre le
DNA plasmidique comme contre la dystrophine nouvellement
exprimée.
5- Les mesures de force musculaire correspondant aux
segments injectés puis biopsiés n'ont pas montré de différence significative
avec le segment contra-latéral.
Ces résultats montrent pour la
première fois chez l'homme atteint de dystrophie de Duchenne/Becker, la
possibilité d'une expression de dystrophine après injection plasmidique.
L'expression est modeste, mais les doses utilisées ont été également très
faibles. Aucun effet secondaire n'a été enregistré. Ces données ouvrent la voie
à de nouvelles investigations (doses plus élevées ; plasmide sous promoteur
spécifiquement musculaire ; voie d'administration intra-vasculaire) qui sont
déjà poursuivies au niveau expérimental.
Les données précliniques,
la méthodologie et les considérations éthiques ont été publiées de façon
préliminaire après leur présentation dans un colloque ENMC consacré aux
nouvelles thérapeutiques dans les dystrophies de
Duchenne.
Références
1. Thioudellet C, Blot S, Squiban
P, Fardeau M and Braun S. Curent protocol of a research phase I clinical trial
of full-length dystrophin plasmid. DNA in Duchenne/Becker muscular dystrophies.
Part I : rationale. Neuromusc Disord, 2002, 12 Suppl:S49.
2. Romero
NB, Benveniste O, Payan C, Braun S, Squiban P, Herson S and Fardeau M. Current
protocol of a research phase I clinical trial of full-length dystrophin plasmid
DNA in Duchenne/Becker muscular dystrophies. Part II : clinical protocol.
Neuromusc Disord, 2002, 12 Suppl:S45.
3. Fardeau M. Current
protocol of a research phase I clinical trial of full-length dystrophin plasmid
DNA in Duchenne/Becker muscular dystrophies. Part III. Ethical considerations.
Neuromusc Disord, 2002, 12 Suppl:S52-S54.
Un manuscrit est
actuellement soumis à “Human Gene Therapy”