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Faits marquants 2003

Essai de Phase I de thérapie génique avec un plasmide produisant la dystrophine dans les Dystrophies Musculaires de Duchenne et de Becker

L'essai a été conduit par M. Fardeau et S. Herson comme investigateurs principaux, avec l'active collaboration de S. Braun de la société Transgène qui en a assuré la promotion. Cet essai, de phase I, a été accepté par les différents Comités réglementaires en Juillet 2000.
Son objectif était de tester la tolérance et d'apprécier l'efficacité de l'administration intramusculaire d'un plasmide contenant le gène entier de la dystrophyne humaine, sous promoteur CMV, plasmide préparée par Transgène. Les essais précliniques réalisés par l'équipe de S. Braun à Transgène avaient montré chez la Souris mdx et chez le Chien GMRD une bonne tolérance et une efficacité significative
L'essai a comporté l'inclusion séquentielle de neuf patients, parfaitement caractérisés au point de vue clinique, cartographiés en génétique moléculaire, de façon à ce que la délétion du gène dystrophine permette l'utilisation d'au moins un anticorps permettant la reconnaissance du segment de dystrophine délété (anticorps fourni par Glenn Morris). Les patients ont été hospitalisés et suivis dans le service de médecine interne du Professeur Herson à la Salpêtrière, dans les chambres aménagées à cet effet.
Trois cohortes de trois patients ont été traitées :
- 1ère cohorte : injection unique de 200 µg
- 2ème cohorte : injection unique de 600 µg
- 3ème cohorte : deux injections, à 15 jours d'intervalle, de 600 µg
Les injections ont été effectuées au bloc opératoire du pavillon Babinski dans le service de neurochirurgie (Dr A-L. Boch, M. Fardeau) sous contrôle de la vue pour les injections uniques ou la 1ère injection de la cohorte 3, sous contrôle EMG de l'insertion de l'aiguille dans le tissu musculaire pour la 2ème injection de la 3ème cohorte (voir photo).
Injection intramusculaire D 14 (Cohorts 3)
Le prélèvement du segment musculaire injecté a été effectué à J21 dans tous les cas. 
 
Les fragments prélevés dans les meilleures conditions opératoires ont été débités en coupes sériées, pour analyse histologique, immunocytochimique (Dr N. Romero, M. Fardeau) et immunochimique (Dr F. Leturcq, J-C. Kaplan)L'étude des réactions immunologiques sériques et cellulaires ont été effectuées entre J2 et J90 (Pr. J.G. Guillet, C. Thioudellet, S. Braun)
 
Les patients ont été soumis à une surveillance clinique et biologique rigoureuse pour tester la tolérance du produit pendant cette période.
 
L'essai a mobilisé 40 acteurs différents. Un comité de pilotage s'est réuni après l'obtention des premiers résultats pour chaque patient, avant l'inclusion du suivant. L'essai s'est déroulé sur deux ans.
Les résultats ont été les suivants :
 
1 - Le plasmide a été retrouvé de façon constante dans les prélèvements musculaires effectués chez les neuf patients,
 
2 - Une expression de la dystrophine, à l'aide d'anticorps dirigés contre le segment délété de la protéine, a été retrouvée 6 fois sur 9.
L'expression est variable et généralement faible : sur 3 des 6 patients des deux premières cohortes, 1 à 7% des fibres musculaires montrant un marquage sarcolemmique complet ; 3,5 à 26% des fibres montrant un marquage partiel. Dans la 3ème cohorte, les 3 prélèvements montraient des fibres marquées (voir photo) 1 à 5,5% des fibres marquées sur toute leur périphérie, 6 à 8% des fibres marquées seulement partiellement.Ces données ont été corroborées par la détection du messager correspondant à la distrophyne exprimée dans 5 sur 6 des biopsies à l'aide d'une technique de PCR " nichée ".
Patient 9
D21 Manex 48-50
3- Il n'y a eu aucun effet secondaire indésirable, l'état local et général des patients restant excellent.
 
4- Aucune réaction immunitaire adverse n'a été détectée, au plan sérique comme au plan cellulaire, contre le DNA plasmidique comme contre la dystrophine nouvellement exprimée.
 
5- Les mesures de force musculaire correspondant aux segments injectés puis biopsiés n'ont pas montré de différence significative avec le segment contra-latéral.
 
Ces résultats montrent pour la première fois chez l'homme atteint de dystrophie de Duchenne/Becker, la possibilité d'une expression de dystrophine après injection plasmidique. L'expression est modeste, mais les doses utilisées ont été également très faibles. Aucun effet secondaire n'a été enregistré. Ces données ouvrent la voie à de nouvelles investigations (doses plus élevées ; plasmide sous promoteur spécifiquement musculaire ; voie d'administration intra-vasculaire) qui sont déjà poursuivies au niveau expérimental.
 
Les données précliniques, la méthodologie et les considérations éthiques ont été publiées de façon préliminaire après leur présentation dans un colloque ENMC consacré aux nouvelles thérapeutiques dans les dystrophies de Duchenne.
 
Références
 
1. Thioudellet C, Blot S, Squiban P, Fardeau M and Braun S. Curent protocol of a research phase I clinical trial of full-length dystrophin plasmid. DNA in Duchenne/Becker muscular dystrophies. Part I : rationale. Neuromusc Disord, 2002, 12 Suppl:S49.
 
2. Romero NB, Benveniste O, Payan C, Braun S, Squiban P, Herson S and Fardeau M. Current protocol of a research phase I clinical trial of full-length dystrophin plasmid DNA in Duchenne/Becker muscular dystrophies. Part II : clinical protocol. Neuromusc Disord, 2002, 12 Suppl:S45.
 
3. Fardeau M. Current protocol of a research phase I clinical trial of full-length dystrophin plasmid DNA in Duchenne/Becker muscular dystrophies. Part III. Ethical considerations. Neuromusc Disord, 2002, 12 Suppl:S52-S54.
 
Un manuscrit est actuellement soumis à “Human Gene Therapy”

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