Quel est votre parcours professionnel et en quoi
est-il lié à celui de l’Institut de Myologie?
J’ai suivi
initialement une formation d’Ingénieur en génie biomédical, qualification
obtenue en 1990 que j’utilise quotidiennement dans mes activités, notamment en
gardant une orientation technique et technologique dans mon travail.
J’ai
soutenu ma thèse de doctorat en 1994 et j’ai rapidement été recruté par l’AFM
dans le cadre de son projet de création de l’Institut de Myologie. Avec Marc
Bouillet, le 1er Secrétaire Général et Doris Laslandes son assistante, j’ai fait
partie des premières personnes basées à l’Institut de Myologie, qui ne
comportait pas encore à l’époque aucun des plateaux techniques.
Depuis je n’ai pas quitté le navire…
Pendant les deux premières années (1995-97), je me suis attelé avec le Pr Jean-François Marini à créer le futur laboratoire de physiologie et d’évaluation neuromusculaire. Le Pr Marini avait en charge de définir la stratégie de recherche du futur laboratoire, tandis que j’en prenais en charge la partie équipements et matériels. J’ai, en même temps, poursuivi mes collaborations universitaires et mes recherches, notamment en développant et en utilisant des moyens de simulation sur ordinateur, car le plateau expérimental n’était pas encore complètement opérationnel.
Au départ de Pr Marini en 1999, je suis devenu responsable du laboratoire.
Aujourd’hui, en quoi consiste votre travail et celui de votre équipe?
Deux objectifs fondateurs définissent le travail du laboratoire de physiologie et d’évaluation neuromusculaire :
- En amont, l’étude des déterminants neuromusculaires de la performance physique et le développement d’outils et de méthodes spécifiquement adaptés à l’évaluation de ces performances motrices dans les pathologies neuromusculaires.
- En aval, l’utilisation de ces outils et méthodes pour suivre l’évolution des maladies neuromusculaires, soit dans le cadre de leur histoire naturelle, soit dans le cadre des essais thérapeutiques. Dans ce dernier domaine, les enjeux sont immenses.
En effet, dans notre laboratoire, nous pensons que sans évaluation fiable, il n’y a pas de conclusions solides possibles dans un protocole de recherche.
Ainsi, tout protocole de recherche repose sur la définition d'un critère principal et d'un certain nombre de critères secondaires. Ce sont ces critères quantitatifs ou qualitatifs qui permettent d'infirmer ou de valider l'hypothèse qui justifie la mise en place d'un protocole.
La pertinence, la précision et la robustesse des méthodes de mesure de ces critères sont le préalable indispensable à l'évaluation de tout effet thérapeutique. En effet, comment conclure de l'effet bénéfique d'une thérapie pour le patient si l'on n'est pas en mesure de le démontrer quantitativement?
Le développement d'outils et de méthodes permettant de quantifier ces critères se doit donc d'être concomitant aux développements des thérapies.
C'est l'une de nos missions au Laboratoire de physiologie neuromusculaire à l'Institut de Myologie. Ces mesures viennent compléter les tests fonctionnels, les analyses biologiques, l'imagerie...
Revenons sur votre sujet préféré : l’EMG …
Oui, effectivement depuis ma thèse, c’est un sujet que je n’ai jamais lâché et je ne m’en lasse pas !
L’EMG de surface consiste à utiliser des techniques d'enregistrement du signal myoélectrique de façon non invasive et les méthodes de traitement du signal qui leur sont associées.
La limite de cette technique est qu’elle ne peut s'affranchir des effets des tissus situés entre les sources du signal (les fibres) et les sites de détection (les électrodes). Dans ce cas, il est légitime de chercher à évaluer quelles informations physiologiques ou physiopathologiques on peut déduire de façon fiable du signal électrique musculaire mesuré à partir de la surface de la peau?
Mon travail de recherche sur l’EMG de surface porte donc sur deux champs complémentaires. Le premier sur les aspects technologiques et méthodologiques et le second sur les aspects applicatifs.
Avant de pouvoir être utilisé en routine sur les patients, un certain nombre de questions méthodologiques sont donc étudiées. Elles sont liées aux problématiques de l’enregistrement du signal, de l’estimation des paramètres qui vont le caractériser, de la décomposition du signal en ses composantes fonctionnelles que sont les activités d’unité motrice.... En parallèle, nous commençons à mettre en place des protocoles appliqués à la routine clinique qui peuvent concerner l’évaluation de la fatigue neuromusculaire, le comptage d’unité motrice... sous contractions volontaires ou sous stimulation électrique.
En ce qui me concerne, j’apporte une attention particulière à l’étude de la vitesse de conduction des potentiels d’action musculaires. Ce paramètre est corrélé à certaines propriétés des fibres musculaires : propriétés structurales comme leurs tailles et fonctionnelles comme leurs propriétés membranaires. L’estimation de ce paramètre pose des problèmes complexes. Chaque fibre conduit le signal myoélectrique avec une vitesse qui lui est propre. L’enjeu pour notre laboratoire est de concevoir et développer des méthodes permettant de suivre la distribution de ces vitesses. Ces méthodes se doivent d’être non invasives, robustes et non contraignantes pour les patients.
Pour conclure sur l’EMG?
On est sur la voie de la robustesse nécessaire aux outils d’évaluation dans le cadre d’essais thérapeutiques, mais il reste du chemin à parcourir…
Le travail de mon équipe va se poursuivre dans le cadre d’une démarche transversale cohérente. Ainsi, nous concentrons nos efforts au regard des avantages que l'EMG de surface offre:
- répétition sans contraintes pour le patient et l’équipe médicale;
- améliorations technologiques et méthodologiques (standardisation et reproductibilité des mesures, estimation de la VCPA , décomposition du signal …);
- développement d’indicateurs robustes pour le suivi des patients est pertinent et opportun (évaluation des effets de thérapies).
Il faut bien comprendre que les utilisations de l’EMG de surface sont spécifiques et non généralistes. C'est-à-dire que les méthodes de détection et d'analyse doivent être choisies en fonction de la question posée.
Quelles sont les prochaines étapes?
Le laboratoire est impliqué dans une quinzaine de protocoles de recherche à l’heure actuelle. Il met essentiellement à disposition son expertise dans le domaine de la mesure de la force.
Nos axes de développement à moyen terme porteront essentiellement sur le développement de procédures de contrôle qualité afin d’améliorer les mesures elles-mêmes ainsi que notre crédibilité auprès de nos partenaires, notamment ceux de l’industrie pharmaceutique.
Par ailleurs, grâce à ses activités de veille, d’innovation et de transfert technologique, le laboratoire examine les possibilités de valorisation et de transfert clinique des nouvelles techniques et des méthodes de diagnostic et de suivi des pathologies neuromusculaires.