Racontez-nous votre parcours
?Comme le dit le professeur Denise Paulin, la présidente de
mon jury de thèse, je suis un pur produit de l’Université Paris VII. J’y ai
effectué toutes mes études du DEUG Sciences de la Vie jusqu’à mon doctorat en
Microbiologie. Dès la maîtrise, j’ai réalisé mes premiers stages dans des
laboratoires de recherche dont celui de thérapie cellulaire dirigé par Luis
Garcia au sein de Généthon. Lorsque j’ai été acceptée au DEA de Virologie, je
suis restée dans la même équipe. Enfin, en octobre 2002, après avoir obtenue la
bourse de recherche publique, j’ai continué ma thèse au sein de
Généthon (unité CNRS UMR 8115).
Comment s’est déroulée votre thèse
?Au départ, je travaillais sur des recherches en thérapie
cellulaire en continuité avec mon DEA. Mais les résultats n’étaient pas à la
hauteur de nos espérances et Luis Garcia a proposé de réorienter mes travaux
vers le saut d’exon. Cette technique était encore peu étudiée mais Luis était
enthousiasmé par cette idée dont les premiers résultats semblaient prometteurs.
En revenant du colloque Duchenne Parents project à Rotterdam en octobre 2002, au
cours duquel Terry Partridge avait présenté des données particulièrement
intéressantes, Luis m’a proposé d’étudier cette approche de plus près.
Progressivement, ce projet est devenu mon véritable sujet de thèse. Pendant plus
d’un an, nous avons mis au point les outils (construction des vecteurs avec le
gène U7 codant les séquences antisens) et les avons testés dans des cultures
cellulaires. Mais les résultats se faisaient attendre. Et puis en décembre 2003,
quelques jours avant noël, j’ai eu mon premier cadeau : le saut d’exon marchait
in vitro avec une des mes constructions. Depuis, les résultats se sont
enchaînés. En janvier 2004, nous avons observé la restauration de la dystrophine
dans un muscle de souris mdx traitées par des AAV-U7 (par voie intramusculaire
puis plus tard par voie intra-artérielle). Par la suite nous avons démontré que
la nouvelle dystrophine était fonctionnelle et entraînait un rétablissement de
la force musculaire chez la souris mdx. L’ensemble de ces données a été publié
en novembre 2004 dans la revue
Science.
Et depuis cette publication
?
Les résultats étant très prometteurs, j’ai continué mon
travail de thèse dans cette voie. Nous avons d’une part testé d’autres
constructions AAV-U7 in vitro. D’autre part, en collaboration avec Adeline Vulin
et l’école vétérinaire de Maisons-Alfort, nous avons réalisé des expériences de
saut d’exon chez le chien GRMD. Les premiers résultats sont arrivés en avril
2005 et les tests fonctionnels vont bientôt débuter. Enfin, dans le cadre d’un
projet d’essai clinique chez l’homme, j’ai effectué de nouvelles constructions
afin de sauter l’exon 51 et je les ai testées à la fois in vitro dans des
myoblastes provenant de patients DMD et in vivo chez des souris hDMD (avec le
gène humain de la dystrophine). En octobre 2005, nous avons sélectionné la
construction la plus efficace (induisant un saut de l’exon 51 dans les deux
modèles) pour la production de lots cliniques de vecteurs. Un essai de
phase I est en effet envisagé concernant cet exon 51, a priori pour 2007, Mais
ça, c’est une autre histoire…
En bref, quels sont les points forts et les
points faibles de ce travail ?
Nous avons démontré
l’efficacité et l’absence de toxicité des AAV-U7. La dystrophine est restaurée
de façon stable et son expression dans la cellule est naturelle puisque grâce au
système U7, elle sera produite quand il faut, où il faut et en quantité
nécessaire. Cependant, notre approche a aussi des limites. La plus problématique
est la réaction immuniatire contre les AAV. En effet, lors de la première
injection, ces virus vont à priori provoquer une réaction immunitaire et «
vacciner » les patients contre les AAV. Une seconde injection serait alors
inefficace car l’organisme garderait la mémoire de la première exposition et
produirait des anticorps contre eux. Différentes stratégies sont à l’étude pour
contourner ce problème. Par exemple, traiter les patients avec des
immunosuppresseurs pendant une période de quelques semaines après chaque
injection, durée qui semble nécessaire à la disparition complète des protéines
de l’AAV dans le muscle.

Pourriez-vous préciser ce qu’est U7
?
L’outil miracle ! Non je plaisante...
U7 (cf.
schéma ci-contre) est un gène normalement présent dans les cellules mais au lieu
de donner naissance à une protéine, il code un petit ARN impliqué dans la
maturation des pré-ARN histone. Nous l’avons modifié de manière à ce qu’une fois
transcrit en ARN, une partie de sa séquence donne un ARN antisens. Ce sont ces
ARN antisens qui vont induire le saut d’exon.
Les avantages de la molécule U7
sont nombreux :
- Le gène U7 est transcrit en continu dans le noyau. L’ARN antisens est donc
disponible en permanence dans la cellule et peut agir dès que le gène de la
dystrophine va être transcrit.
- Le gène U7, normalement présent dans les cellules, ne code pas pour une
protéine et ne va donc pas provoquer de réaction immunitaire.
- Il est possible de modifier sa séquence très facilement
Par ailleurs, cette approche n’est pas seulement applicable à la myopathie de
Duchenne mais à d’autres maladies génétiques dues à des défauts d’épissage (15%
des maladies génétiques).
Pour en revenir à vous, quels sont vos
projets?
Je vais effectuer mon premier post-doc au sein de la
même équipe de Généthon jusqu’en septembre 2006. Mon travail va consister à
:
- vérifier l’efficacité des lots produits pour l’essai sur l’homme
;
- mettre au point de nouvelles constructions AAV-U7 ciblant d’autres
mutations humaines ;
- évaluer l’efficacité du saut d’exon dans les
cellules musculaires cardiaques avec l’AAV9.
Je pars ensuite faire mon
deuxième post-doc dans le laboratoire de Kay Davies à Oxford. Dans ce cadre,
j’aimerais revenir à une recherche plus fondamentale et me spécialiser sur la
molécule U7. En effet, j’ai du laisser certaines questions en suspens au cours
de ma thèse, sur lesquelles j’aimerais beaucoup revenir aujourd’hui afin de
mieux caractériser ce formidable outil U7…