- Progrès dans la technique du saut
d’exon
La technique du saut d’exon par l’utilisation d’oligonucléotides (ONt)
anti-sens représente une nouvelle stratégie thérapeutique très
prometteuse qui restaure l’expression de la dystrophine dans des modèles
cellulaires et animaux de la dystrophie musculaire de Duchenne (DMD). Le
Professeur Matsuo (Service de Pédiatrie, CHU de Kobe, Japon) a présenté les
avancées récentes de son équipe dans ce domaine. Il a mis au point des ONt
anti-sens chimériques combinant un ARN et un acide nucléique d’un nouveau type
appelé ENA (ethylene nucleic acids). Testés dans des myocytes provenant de
patients atteints de DMD, les chimères ARN/ENA ont induit efficacement le saut
de l’exon 41 ou 45, entraînant ainsi l’expression de la dystrophine. A noter
enfin que le seul patient actuellement traité par son équipe par ONt depuis plus
d’un an ne montre pas d’amélioration sur le plan
clinique.
Communication de Masafumi Matsuo, Chimeric RNA/ethyene
bridged nucleic acids promote dystrophin expression in myocytes of Duchenne
muscular dystrophy by inducing exon skipping.
Sur la voie des essais cliniques pour le saut
d'exon dans la dystrophie musculaire de Duchenne
La dystrophie musculaire de Duchenne (DMD) est une maladie
neuromusculaire due à des mutations dans le gène de la dystrophine. Dans environ
75% des cas, la mutation entraîne un décalage du cadre de lecture aboutissant à
la synthèse d'une protéine non fonctionnelle. Le saut d'exon (exon-skipping) a
pour objectif de supprimer la partie du gène comprenant la mutation afin de
rétablir le cadre de lecture et de permettre à la cellule de fabriquer la
protéine manquante (la dystrophine). Récemment, Luis Garcia et son équipe
(Généthon à Evry) ont réussi grâce à cette technique du saut d'exon à rétablir
la production d'une dystrophine tronquée mais fonctionnelle chez la souris mdx.
Pour ce faire, les chercheurs ont utilisé un vecteur AAV (adeno associated
Virus) qui a permis d'introduire dans la cellule le gène U7 produisant un petit
ARN (du noyau cellulaire). Celui-ci va masquer l'exon 23 défectueux chez la
souris mdx et rétablir ainsi le cadre de lecture dans la cellule. Après
injection intra-musculaire ou perfusion intra-artérielle de ce couple AAV-U7
chez la souris mdx, l'expression de la dystrophine a été restaurée dans la
plupart des fibres musculaires. Un an après, le niveau d'expression de la
protéine est toujours stable. En outre, les capacités motrices des animaux
traités étaient équivalentes à celles des animaux sains : restauration des
propriétés mécaniques et contractiles des fibres musculaires.
L'équipe de
Généthon a commencé à appliquer cette même technique du saut d'exon chez
le chien GRMD (modèle de la DMD). Il est à noter que chez ce modèle animal, il
est nécessaire de « sauter » plusieurs exons (saut multi-exons) pour rétablir le
cadre de lecture. Les premiers résultats par injection intramusculaire de
vecteurs AAV(U7) sont très prometteurs en termes d'efficacité (plusieurs
milliers de fibres musculaires restaurées au site d'injection) et de tolérance
(absence de réponse immunitaire). Ces résultats majeurs permettent d'envisager à
présent l'application du saut d'exon thérapeutique chez
l'homme.
Communication de Luis Garcia. Highly efficient
exon-skipping and sustained correction of muscular dystrophy using an
Adeno-Associated Viral vector.
- Réponse immunitaire lors
d’un transfert de gène via AAV dans des muscles
squelettiques
Le transfert de gène par un vecteur AAV (associated adeno virus) est une des
approches thérapeutiques très étudiée dans la dystrophie musculaire de Duchenne
(DMD). Si les études chez l’animal ont donné des résultats encourageants, il est
important de tester l’innocuité et la tolérance de ce type de traitement chez
des grands animaux, avant de passer à des essais cliniques chez l’homme. C’est
dans ce sens que Shin’ichi Takeda (Département de Thérapie Moléculaire, Institut
National de Neurosciences, Tokyo) a présenté les travaux de son équipe. Les
chercheurs ont injecté le vecteur AAV-2 couplé au gène rapporteur lacZ dans des
muscles squelettiques de chiens normaux/sains. Les résultats ont montré une
faible efficacité de transduction et une infiltration cellulaire importante,
signe d’une réaction excessive du système immunitaire. D’après les chercheurs
japonais, il est très important de clarifier ces phénomènes immunitaires avant
d’envisager un traitement chez les patients atteints de
DMD.
Communication de Shin’ichi Takeda, AAV vector mediated
micro-dystrophin transfer into dystrophin-deficient skeletal
muscle
- Nouvelle piste thérapeutique dans une
sarcoglycanopathie
La myopathie des ceintures de type 2D (LGMD 2D) est due à des mutations dans
le gène de l’alpha-sarcoglycane (α-SG). Cette protéine transmembranaire,
participe à la structure des fibres musculaires. L’epsilon-sarcoglycane (ε-SG)
est une protéine homologue de l’α-SG musculaire. Son expression pourrait donc
compenser les modifications pathologiques de l’α-SG. Les travaux présentés par
Michihiro Imamura (Institut National des Neurosciences, Tokyo) ont confirmé
cette hypothèse. Les chercheurs ont créé des lignées de souris transgéniques
surexprimant l’ε-SG dans les muscles squelettiques. Chez ces animaux, la
surexpression de l’ε-SG a induit une substitution de l’α-SG par l’ε-SG dans le
complexe "sarcoglycanes" du muscle squelettique, sans provoquer d’anomalies
significatives. De plus, la sur-expression de l’ε-SG chez les souris LGMD 2D
déficitaires en α-SG améliore le phénotype musculaire : moins
de dystrophie musculaire, pas de dommage de la membrane cellulaire du
muscle squelettique, ni de contractions anormales. La sur-expression de l’ε-SG
représente donc une stratégie thérapeutique prometteuse dans la LGMD 2D.
Communication de Michihiro Imamura, Increased ε-sarcoglycan
expression ameliorates muscular dystrophy in α-sarcoglycan deficient mice, a
model for LGMD2D.